« Je dis désirs » n’est pas un simple recueil de textes : elle est le fruit d’une démarche éditoriale qui place la traduction collective au cœur de la transmission. Chaque poème retenu y dialogue avec sa propre version dans une autre langue, invitant le lecteur à éprouver la pluralité des voix plutôt qu’une seule interprétation figée. Pour qui anime un atelier de poésie, cette anthologie offre un terrain d’expérimentation rare : on y observe comment un même désir — celui de dire, de nommer, de se souvenir — se déplie en plusieurs langues sans jamais se répéter tout à fait.
La particularité de ce projet tient à son processus : les traductions ne sont pas le travail solitaire d’un traducteur isolé, mais le résultat de séances où poètes, traducteurs et lecteurs se réunissent pour confronter leurs compréhensions. Cette pratique, qui peut sembler relever de l’intime, a pourtant une portée collective évidente. Dans un atelier, elle permet de sortir de la logique du « mot juste » unique pour entrer dans une écoute des sens multiples, des résonances culturelles et des silences propres à chaque langue.
« Je dis désirs » comme point de départ d’une lecture à plusieurs
L’un des usages les plus féconds de cette anthologie est de servir de support à des lectures publiques multilingues. Lors d’une telle rencontre, chaque participant choisit un poème — ou un extrait — et le lit dans sa langue d’origine, tandis qu’un autre en donne une traduction française. Le résultat produit un effet de mosaïque sonore où les rythmes, les assonances et les images se répondent. Pour organiser ce type de séance, il est utile de préparer quelques pistes : imprimer les textes avec leur traduction en regard, prévoir un temps d’échange informel après la lecture, et surtout ne pas chercher à uniformiser les interprétations. La diversité des voix est précisément ce qui fait la richesse de l’expérience.
Cette approche s’inscrit dans une tradition plus large de traduction poétique collective où la mémoire des mots se construit à plusieurs. L’anthologie « Je dis désirs » est un exemple de ce que peut être une « mémoire vivante » : non pas un dépôt figé, mais une archive en mouvement, sans cesse réinterprétée par ceux qui s’en emparent.
De l’anthologie à l’atelier : un matériau pour la création
Pour les animateurs d’ateliers d’écriture, « Je dis désirs » est une source inépuisable de propositions. On peut par exemple sélectionner un poème court et demander à chaque participant d’en proposer une version personnelle, en s’autorisant des écarts volontaires avec le texte source. L’objectif n’est pas la fidélité littérale, mais la recherche d’une équivalence émotionnelle. Une autre piste consiste à isoler un vers ou une image forte et de l’utiliser comme incipit d’un poème nouveau. Cette pratique du « détournement » est courante dans les ateliers de traduction, car elle oblige à se demander ce qui, dans un texte, résiste au passage d’une langue à l’autre.
Les séances de traduction collective, telles qu’on peut les expérimenter à travers cette anthologie, sont aussi l’occasion de travailler sur la notion de « désir » telle qu’elle apparaît dans les textes. Est-ce le désir de l’auteur ? Celui du traducteur ? Celui du lecteur ? Chaque réponse est légitime, et c’est cette pluralité qui rend l’exercice si stimulant. Pour ceux qui souhaitent se lancer, une piste concrète est de commencer par un texte court, de préférence avec une forte charge émotionnelle, et de procéder en plusieurs temps : lecture à voix haute, discussion sur les difficultés, puis élaboration d’une traduction commune.
Organiser une rencontre autour de l’anthologie
Si vous souhaitez organiser une rencontre autour de « Je dis désirs », plusieurs formats sont possibles. Une table ronde réunissant traducteurs et poètes peut permettre d’expliciter les choix éditoriaux, tandis qu’une séance de lecture-performance peut offrir une expérience plus directe. Dans tous les cas, il est conseillé de prévoir un temps de médiation pour que le public puisse poser des questions et partager ses propres réactions. L’un des enjeux de ce type d’événement est de faire sentir que la traduction n’est pas une opération technique, mais une forme d’interprétation créative à part entière.
Pour les bibliothèques et les centres culturels, une telle manifestation peut être l’occasion de constituer un fonds d’ouvrages multilingues et de proposer des ateliers réguliers. Dans ce cadre, il est utile de prévoir des documents d’accompagnement : une fiche sur l’histoire de l’anthologie, des extraits choisis, une bibliographie sélective. L’objectif est de créer les conditions d’une appropriation personnelle, loin de toute posture de simple réception.

Traduire la mémoire : une pratique collective qui a du sens
L’anthologie « Je dis désirs » est aussi un manifeste pour une certaine idée de la mémoire : celle qui ne se contente pas de conserver, mais qui transforme. En mettant en regard des textes d’origines différentes, elle invite à une lecture croisée des expériences et des sensibilités. Cette démarche rejoint des pratiques que l’on retrouve dans les ateliers de traduction collective, comme ceux qui se tiennent en été et en hiver, à des moments charnières de l’année. Par exemple, un atelier de traduction poétique en août peut s’appuyer sur cette anthologie pour explorer les liens entre désir et saison, entre lumière et nostalgie.
La force de cette anthologie réside dans sa capacité à créer des ponts entre les générations et les cultures. Dans un monde où les frontières sont souvent vécues comme des obstacles, elle rappelle que la poésie est un espace de circulation privilégié. Chaque traduction est une petite victoire sur l’oubli, une façon de faire exister une voix dans une langue qui n’est pas la sienne. C’est pourquoi il est essentiel de continuer à organiser des rencontres, des lectures, des ateliers autour de ces textes.
Une anthologie, des mondes
« Je dis désirs » ne se laisse pas résumer à une simple liste de textes. C’est une invitation au voyage, une porte ouverte sur des univers poétiques multiples. Pour les enseignants, elle peut être un outil précieux pour faire découvrir la diversité des écritures contemporaines. Pour les traducteurs, elle est un laboratoire où expérimenter des stratégies différentes. Pour tous, elle est une source d’émerveillement et de questionnement.
En définitive, ce qui fait la singularité de cette anthologie, c’est qu’elle ne prétend pas détenir une vérité sur le désir, mais qu’elle en explore les facettes à travers une multitude de prismes. Chaque lecture est une nouvelle aventure, chaque traduction une nouvelle interprétation. Et c’est peut-être là que réside sa plus grande leçon : la poésie n’est jamais un territoire à posséder, mais une terre à partager. Pour aller plus loin, pourquoi ne pas envisager une rencontre autour de cette anthologie dans votre propre ville, en réunissant des amoureux des mots de tous horizons ?