John F. McMullen, poète et traducteur, a fait de la rencontre des langues le cœur de son travail. Son recueil La communion des poètes n’est pas un simple livre : c’est un manifeste pour une poésie qui se vit à plusieurs. Publié dans une édition bilingue, l’ouvrage rassemble des textes écrits en anglais et en français, mais aussi des traductions croisées signées par d’autres poètes. L’idée de communion y est prise au sens fort : non pas un simple hommage, mais une véritable mise en commun des voix, des rythmes et des imaginaires.
Qu’est-ce que la communion poétique ?
Le terme « communion » renvoie à un partage intime, presque rituel. Dans la pratique de McMullen, il désigne le geste de faire circuler un poème entre plusieurs langues et plusieurs sensibilités. Chaque traducteur ou poète invité devient un maillon d’une chaîne créative. Le résultat n’est pas une anthologie classique, mais un réseau de correspondances où chaque texte répond aux autres. Ce modèle de création collective s’inscrit dans une longue tradition de poésie collaborative, mais il trouve ici une forme contemporaine, ouverte et dialogique.

John F. McMullen : passeur entre les langues
Né aux États-Unis, installé en France, McMullen a longtemps travaillé comme traducteur littéraire. Il a notamment fait connaître des poètes francophones au public anglophone et inversement. Dans La communion des poètes, il met cette expérience au service d’un projet plus large : inviter d’autres auteurs à entrer dans son propre texte, à le déplacer, à le réinventer. Les poèmes originaux sont accompagnés de versions traduites ou adaptées par des collaborateurs, créant ainsi une polyphonie. Cette approche rappelle celle des ateliers de traduction collective, où chaque participant apporte sa propre oreille et sa propre voix.
Les principes d’une poésie partagée
À travers son recueil, McMullen esquisse une méthode pour vivre la poésie comme un acte commun. Voici quelques-uns des principes qui émergent de son travail :
- La traduction comme création : traduire n’est pas reproduire, c’est offrir une nouvelle vie au texte.
- L’hospitalité linguistique : accueillir la langue de l’autre sans la réduire à la sienne.
- Le rythme partagé : lire à voix haute, ensemble, pour trouver une respiration commune.
- La mémoire collective : chaque poème porte les traces des mains qui l’ont modelé.
Ces principes ne sont pas théoriques : ils s’incarnent dans des dispositifs concrets, comme les lectures publiques bilingues ou les ateliers de traduction ouverts à tous. L’association Jeudi des Mots, par exemple, a organisé une traduction collective autour du recueil « Je dis désirs », où chaque participant a pu s’emparer d’un poème et le faire résonner dans sa propre langue.

Un écho dans les ateliers contemporains
Le modèle de La communion des poètes trouve un prolongement naturel dans les ateliers de traduction collective qui se multiplient depuis quelques années. Ces rendez-vous, souvent gratuits et sans prérequis, permettent à des poètes amateurs ou confirmés de vivre la même expérience de partage linguistique. Un atelier de traduction collective le 9 mars a par exemple montré comment la mémoire d’un texte peut se construire à plusieurs, chaque voix ajoutant une couche de sens. McMullen lui-même participe régulièrement à ce type de rencontres, convaincu que la poésie gagne à être dépossédée de son auteur unique.
Comment s’approprier cette démarche ?
Vous n’avez pas besoin d’être un traducteur aguerri pour entrer dans la communion des poètes. Le geste le plus simple est d’inviter un ami à lire un poème à voix haute, puis d’essayer ensemble une version dans une autre langue – même imparfaite. L’important est le mouvement, l’échange. Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez rejoindre un atelier organisé par une librairie ou une maison de la poésie. L’expérience de McMullen montre que la traduction collective n’est pas un exercice scolaire, mais une fête de la langue. Pour prolonger cette expérience, pourquoi ne pas organiser votre propre séance ? Inspirez-vous des ateliers de traduction poétique en avril 2024 qui proposent des pistes concrètes pour lancer un rendez-vous régulier. La communion des poètes commence par un simple partage de mots.