Le terme « mycelium » désigne la partie souterraine des champignons, un réseau de filaments qui relie les organismes entre eux et échange des nutriments. Appliquée à la poésie, cette métaphore évoque les liens invisibles qui unissent les langues, les textes et les traducteurs. Dans le cadre d’un projet poétique intitulé mycelium de narki nal, cette image devient le moteur d’une exploration collective : comment les mots voyagent d’une langue à l’autre, comment une racine sonore commune peut donner naissance à des sens multiples, et comment chaque participant à un atelier ou à une lecture devient un filament actif du réseau.

Le mycelium comme réseau de traductions
Dans l’article dédié aux Ateliers de traduction poétique, nous explorions comment chaque participant devient un filament du mycelium, apportant sa propre couleur linguistique. Les barrières entre le français, l’arabe, l’anglais ou l’espagnol s’estompent quand on travaille à plusieurs sur un même poème. Le mycelium de narki nal propose précisément cette approche : chaque strophe, chaque rime est un point de contact où les langues se nourrissent mutuellement. La traduction n’est plus un simple transfert, mais une co-création continue.
Ce qui rend cette métaphore particulièrement féconde, c’est qu’elle inclut aussi la dimension souterraine – ce qui reste invisible, les choix que le traducteur fait dans l’ombre. Le réseau mycorhizien, tout comme le travail de traduction, se tisse lentement, sans éclat, mais il conditionne la santé de l’ensemble du champ littéraire.
Pratiques collectives : ateliers et lectures
Le mycelium ne se limite pas à la page écrite. Il se déploie dans des moments de partage oral, comme les lectures bilingues. La soirée Hoda Hili et Patrick Quillier chez Pauline illustre parfaitement ce mycelium poétique où deux langues se rencontrent par la voix. L’auditeur devient lui-même un nœud du réseau, captant les résonances entre les vers.

Les ateliers collectifs, quant à eux, permettent de construire un mycelium vivant sur plusieurs séances. Voici trois aspects qui donnent corps à cette métaphore :
- Transmission – chaque atelier laisse des traces, des notes, des variantes qui alimentent les sessions suivantes. Le filament ne meurt pas, il se transforme.
- Traduction – le travail sur les sonorités et les images crée des ponts entre des systèmes linguistiques que tout oppose. Le mycelium absorbe les différences et les recycle en richesse.
- Communauté – les participants deviennent des gardiens du réseau. Un poème traduit ensemble appartient à tous ceux qui ont contribué, comme un champignon partage ses nutriments avec les arbres voisins.
Un mycelium vivant
Le projet mycelium de narki nal n’est pas figé. Il s’enrichit à chaque nouvelle rencontre, à chaque tentative de faire résonner un mot dans une autre langue. Lors des prochains ateliers – qu’ils soient consacrés à la traduction ou à l’écriture collective – chaque participant pourra ajouter un filament à ce réseau en constante expansion. L’important n’est pas d’arriver à une version définitive, mais de maintenir le contact, d’observer comment un texte change de couleur en passant d’un créateur à l’autre, exactement comme le mycélium relie les êtres dans l’obscurité.
Le 14 décembre, chez Pauline, une lecture bilingue incarnera ce mycelium vivant : les voix de Hoda Hili et Patrick Quillier se croiseront, et le public sera invité à écouter ce que les filaments disent quand ils vibrent ensemble.