portiques, brèches, trouées, tunnels ou sentiers – tout passage fait signe, appelle à l’au-delà, à l’autre, à un autre temps, d’autres lieux, sans négliger les passages cloutés qui laissent peu de place à l’originalité, les passages à niveau, qui bloquent les autos, le regrettable passage à tabac, ou l’espéré passage de témoin …

Si, comme le dit Julos Beaucarne, « Nous ne sommes que prétexte dans le paysage au passage de la vie et de l’ailleurs » , vous trouverez aisément en vous autour de vous, de quoi alimenter l’atelier de création avec vos textes, photos, oeuvres variées pour illustrer ce thème – nous vous invitons à entrer dans notre atelier !

photo : Marilyne Bertoncini

Formulation des seuils
& Le Royaume de Morphée

Marc-Henri Arfeux

I

Un jour,
Tu diras oui
A la frontière de tes organes,
La traversant
Dans un grand vent,
Ou l’étendue d’un calme lisse
Naissant de lac
Et de silence ouvert
Ainsi qu’une paume étale
Contenant la fraîcheur,
La floraison de ce lotus qui est lanterne
A l’avant de la barque où sont offerts
Les aromates,
L’encens crépusculaire, le cèdre de la nuit,
Et le léger santal de l’aube inachevée
Qui monte entre les pins humides.
Un jour,
Tu diras oui
A l’inimaginable
Don
De solitude
Et d’unisson.

II

Tu traverses l’ici,
Emportant ses figures
A chacun de tes seuils.
L’étoile que tu questionnes
Est dans tes mains, 
Ton coeur et tes talons.
Elle tourne en toi,
Jumelle du signe circulaire
Qu’elle adresse à tes yeux,  
Naissant toujours deux fois
Sans que tu saches si ton visage
Formé de terre, de goutte et de lueur
Inversement, voyage en elle,
Géométrie première de ton hésitation.
Et tout en toi se cherche à travers ton chemin,
Fougères, abeilles, 
Rochers bleutés de vide,
Montagnes et forêts entretissant leurs ombres
A la lumière vibrée,
Rameaux du souffle pur lorsque revient la nuit,
Ou que frémit une aube
Ainsi qu’un papillon posé contre ta main.

Franck Berthoux

Portes et passages oubliés par lesquels l’enfance pourrait réapparaître
mais impossible à dérouiller.

Tunnels verts

William Navarrete

University Drive, dans le quartier de Coral Gables, Miami, Floride.

Jaume Saïs

Le Passage aux anges

Jean-Luc Favre Reymond

Pour Carole et Marilyne,
Le Recours au poème reste

un espace de liberté grande !

Le poème qui ne peut se lire – dire,

Dire/médire

Ajoutons-y quelques points de suspension…. !

« la fourmi court après le lézard,
et le lézard échappe à la chauve-souris »

si bien que le temps semble inversé,

avec en arrière plan l’idée d’une erreur de lignes.

« Ou bien que le lézard devienne subitement panthère,
et que la chauve-souris morde un prêtre »

ce serait un comble !

« Les combles à l’envers éveillant toute légitime suspicion »

Or il n’y a pas de cause à effet entre :

« un lionceau qui se mord la queue,
et une abeille qui bat de l’aile »

A moins de propulser à travers l’espace-temps de
nouveaux atomes,

Attirance/répulsion
Désir/ plaisir/ déplaisir.

Freud n’était pas un idiot
Lacan encore moins !

Et puis entre temps il y eut, Artaud Le Momo

Lui avait les idées larges
aussi larges que sa camisole de force
qui ressemblait à un manteau de serre.

En clair si le monde est monde
et qu’il tourne à l’envers
c’est finalement grâce à tous ces
(fous)

Froufrou !

qui s’arrangent avec la langue

(du pire)

Aussi nul besoin d’infiltrer le bonheur
avec des bouches tordues –

Mieux vaut rester cloué
sur le dos d’un fauteuil

en attendant que la (mort) céleste ou pas
fasse son œuvre

à rebours de la conscience perdue
au sein de pages (nues)
vidées de leur substance – originelle –

intégrale………..

……………..« Là où je respire ma noble fin ! »

(inédit)

Porte, Es Llombards (Majorque)

Denise Desautels (Québec)

Passer/ne pas passer

Anne Soy

À l’heure où le soleil caresse la terre,
un champ, libre, de coquelicots.
Lorsque la nature est paisible et laisse passer la beauté à cœur.

Ne pas passer

J’ai accroché mes enfers

Joël Dely


J’ai accroché mes enfers, indécents
A l’envers de mes pas.
Je les ai martelés, de tout mon poids
A la cadence de ma sueur
Sur le dos, magnanime, de la terre.

Lentement, inexorablement,
Je voyais l’herbe des chemins,
La glaise, humide, sous mes sandales
Se saisir, impatiente
De ma Géhenne, de ma plus sombre lumière.
Toutes ces grimaces, ces rictus, ces injures,
Ces cris de désespoir,
Tombaient, pantelants
Dans le regard plein de vertige
Des poussières du chemin.

Peu a peu, les mains décharnées du passé
Les vieux ossements dégoulinants de remords
Desserraient leur étreinte.

C’est alors que l’improbable s’est produit.
Au détour d’un changement de clarté
Un clocher a sonné.
Dans les heures vespérales
Le vent a fait s’effilocher
Le ventre chevelu des nuages.

Je me suis assis.
Un vieux banc m’avait offert
Son échine usée de pluie et de soleil.

J’ai regardé mes semelles, l’empreinte de mes pas.
Je n’y ai vu qu’un peu de terre, heureuse
D’avoir accompli le voyage.
Au sol, les traces de mes pas
Esquissaient des sourires.
Et je suis reparti, libre, inscrivant autour de moi
Cette même signature que sait inscrire,
Dans le ciel
Le vol léger des oiseaux.

Géométrie des passages (1)

Marilyne Bertoncini

Géométrie des passages (2)

Giancarlo Baroni

Colori, estate

Happenstance / Hasard

Dominique Hecq (Melbourne)

Happenstance

peaching of sky, air aquiver

taste cinerary, like an omen

under the bridge, toss of water

swaying of reeds, stones sunken

my step perilous where lovers lay

their hearts among flotsam

your heliotropic face, shadow

of a smile, words not there

you uncurled your hands

let me through

Hasard

ciel de pêche, air tremblotant

goût cinéraire, comme un présage

sous le pont, eau à verse

houle de roseaux, pierres englouties

mon pas périlleux où les amants posent

leur cœur parmi les épaves

ton visage héliotrope, ombre

d’un sourire, mots en retard

tu ouvris les mains

me laissas passer

(trad. de l’autrice)

Sous le regard des arches

En passant sur un pont,
on ignore souvent
que les arches regardent s’écouler le temps…

« A Bendoura soutana », Saorge – photo Marilyne Bertoncini

Des Traversées

Diane Régimbald (Montréal)

Il y a des secousses qui traversent les portes

des escaliers où certains s’abîment

en déboulant les marches

et remontent au mieux.

Parfois une porte fait un passage inouï

dévoile des espaces qui voyagent.

Tu ne savais plus cet horizon

disparu depuis trop de temps.

Tu étais enfoui

dans le retrait du monde.

Le rêve t’emporta un jour ailleurs

te déplaça vers l’ultime percée

des rayons.

Passage du temps

Stefano Saporito

Passer le temps…

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent

Guillaume Apollinaire,
Le Pont Mirabeau

photo mbp – Coaraze
photo mbp – Coaraze
Nice (lycée Masséna)

Elle allume une lampe

Monique Picard,
interprété et mis en musique
par Franck Berthoux

poème publié dans la revue VOCATIF, n.35

photo : mbp

Parfois des passages

Carole Mesrobian

Parfois des passages

des migrations d’espace

sous ta peau

tracent le chemin des fleuves

ça bruisse comme un cortège

de visages

ça insinue ta source sur l’ocre des dégels

et alors quelque chose

apparaît

comme quand un cyclone

comble

propage son silence

dans l’espace ventilé par le vide

d’une vie

dans un moment altéré de durée

un instant exagéré

où s’ouvre la caverne du ciel

cachée dans le dos des matins

collage : Alma Saporito

Collages

Alma Saporito

L’Origine du monde, de Courbet

Christine Durif-Bruckert

La toison noire ombre le corps
Ombres de la vérité du sexe féminin
ce n’est pas le gouffre
ce n’est pas le puit
ce n’est pas non plus cette intouchable image de la

grotte, qui dans un irrésistible et même mouvement

abrite, aspire et pourrait engloutir

ce n’est pas ça
c’est le lieu du corps
son poème

la langue des arbres, des rêves et des pierres

l’endroit chaud d’un passage
d’où nous sortions
enveloppés d’un châle de laine

le temps de l’union de la source et du désir.

C’est l’entrée dans le monde

l’empreinte du ciel en reflet de l’infini

la zone miroitante de toutes les étoiles

le monde en son centre.
Corps miroir

sanctuaire des surgissements.
Le désir au-dessus du vide
tendu sur son chassis de bois tendre
arc bouté dans la brume d’un silence qui rôde
à l’intérieur même de son écrin.
L’image, ce qui vient d’elle, ce qu’elle dit
fait apparaître le désir
présence
quasi odorante
qui comble l’air entre la chair sauvage et la peau de la

peinture.

Gustave Courbet – L’origine du MOnde, (détail)

Faux trou
Trouées des cieux
trouages de la chair
de tous petits abimes dans les fondations de l’être

l’écartèlement
les déchirures dans les parois de nos corps

irréductibles
racines des rêves d’absolu et de possession.
La parole surgit
franchit les seuils
touche
les trous

dedans
ne les remplit jamais.

Extrait Courbet, L’origine d’un monde,
invenit, Coll Ekphrasis, Juin 2021 Christine Durif-Bruckert

.

A Lume spento

Alessio Zanichelli

A lume spento
Rendi forti i vecchi sogni
Perché questo nostro mondo

non perda coraggio
A lume spento

Ezra Pound

La Clé du cagibi – conte de Charles Perrault

photos : Irène Duboeuf
texte : xxx

Les photos offertes par Irène Duboeuf nous amènent à divulguer en exclusivité un extrait absolument inédit du conte de Charles Perrault qui précède les éditions connues du Petit Poucet et de La Barbe Bleue – version retrouvée après de longues et fastidieuses recherches dans la bibliothèque de Carlos Ruiz Zaffon, où était conservé un manuscrit ayant appartenu à Jorge Luis Borges, et qu’un membre de l’équipe a scrupuleusement recopié pour nous le proposer (tout en souhaitant garder l’anonymat, en raison des dangers encourus, maintenant qu’ilelle possède ce précieux ouvrage, qui permet de suivre le cheminement de l’inspiration du conteur).

Le Petit Poucet fut si pressé de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter ses frères, il descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’il pensa se rompre le cou deux ou trois fois. Étant arrivée à la porte du cagibi, il s’y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son hôte lui avait faite, et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissant ; mais la tentation était si forte, qu’il ne put la surmonter : il prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte.

D’abord il ne vit rien, parce que la fenêtre était fermée. Après quelques moments, il commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se miraient plusieurs corps attachés le long des murs : c’était tous les enfants que la Barbe-Bleue avait attirés, et qu’il avait égorgés l’un après l’autre. Il pensa mourir de peur, et la clef du cagibi qu’il venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main.

Des Ponts… et des points

Christophe Brégaint

Hoy no pasarás

Osvaldo Ariel Tonello
photo : Marcel Louchard

à Chantal Dupuy

Senderos que se bifurcan
como se bifurcan las venas de una balsa
y su cabellera de sombras al viento del laberinto

.

Encrucijadas
Callejones
Puentes
Atajos
Recovecos perdidos
Pasadizos escondidos
Túneles del mal
Guías del bien
Cientos de puertas abiertas

.

Y una sola puerta que vence todas las demás

.

Pero no puedes pasar

.

Has ganado casi todos los caminos
Conoces las profundidades del bosque
Conoces el recorrido sangriento de sus árboles
Conoces casi todos sus secretos

.

Pero esta puerta no la puedes cruzar

à lire en intégralité ici :

.

Trouée dans le ciel

Lydia Belostyk

Entre l’ombre et le soleil

Caroline François-Rubino

Entre l’ombre et le soleil – Caroline François-Rubino – 2021 – aquarelle sur papier – 26 x 18 cm

.

.

Entre l’ombre et le soleil,

il ne faut pas mettre le doigt

il n’y a pas de place pour cela

on peut à peine cligner de l’oeil

.

.

on est passé

sans y penser

(poème de Marilyne Bertoncini)

Poème et collage

Ghislaine Lejard

.

.

Chaque jour se mettre en marche

sans objet

pour un immobile voyage

léger au seuil de la porte

délesté de tout

à l’écoute du moindre bruissement

marcher pieds nus

au bord des rêves.

( poème inédit )

Yaya

Anne Soy,
trad. espagnol : Miguel-Angel Real

Yaya
Yaya Karamoko
tu avais vingt-huit ans
né en Côte d’Ivoire
tu t’es noyé dans la Bidassoa
tu voulais juste vivre en Europe
aider ta famille à survivre là-bas
Passer d’un pays l’autre
une frontière
une mer
un mur
un fleuve
Un fleuve côtier
torrentiel
La Bidassoa
au bord de l’Espagne et de la France
Yaya, tu ne reviendras pas à Mankono
Yaya, héros de ce temps inhumain
qui t’oublie déjà
j’écris ton nom ici
Yaya Karamoko
Anne SOY

Yaya
Yaya Karamoko
tenías veintiocho años
naciste en Costa de Marfil
te ahogaste en el Bidasoa
sólo querías vivir en Europa
ayudar a tu familia a sobrevivir en casa
Pasar de un país al otro
una frontera
un mar
un muro
un ríoUn río costero
torrencial
el Bidasoa
en las lindes de España y Francia
Yaya, no volverás a Mankono
Yaya, héroe de este tiempo inhumano
que ya te olvida
aquí escribo tu nombre
Yaya Karamoko

Gare de Grand Central,42ème rue

Cécile Oumhani

L’averse des pas sous l’ampleur de la voûte

à l’infini trace mille routes contiguës

jusqu’à toucher l’arc où battent les cœurs

entêtés par des rêves exilés de leur port

hier buée légère déjà effacée à la vitre

demain lueur brûlante où s’aimantent les regards

la fillette marchait dans la foule

prise au vertige de mille fenêtres

portes entrouvertes et visages inconnus

New York inscrivait au creux de ses paumes

d’éblouissantes cartographies stellaires

la nuit saisissait les astres par poignées

puis les répandait dans ces étoffes

où chaque jour faisait et défaisait

la trame des possibles

Souvenir de Graybar Passage – photo numérisée mbp

des années plus tard

une femme marche qui verra

ses mots se poser comme fleurs à la vitre ?

peurs, espoirs et pétales mêlés

elle tire depuis le passé de longs fils

où tresser les images d’un avant avec un après

prise au vertige de la verrière

où se font et se défont les chemins

dans l’incessante giration du monde

là où court encore une fillette

éperdue sur l’asphalte

les doigts leurs doigts repliés

sur la poignée de son sac de leur sac

car chaque jour reste une promesse

à venir

Il faut qu’une porte soit ouverte, ou… rouge

Chantal Dupuy-Dunier

Deux poèmes

Dominique Ottavi

« J’étouffe entre les fenêtres  et les portes
J’imagine un train bleu
Bondé d’amour
Je me jetterai entre ses rails
Entre ses bras
Un jour
Et votre monde sera
Lettre morte
Un jour viendra… »

C’est une porte
Qui sanglote
Dans le grand vent froid
Frissonne de même
S’interrogeant :
Que je sois ouverte
Ou fermée
Qui en décide
In fine ?

2 Passages

Gaelle Redon

Boulevard du Littoral – 2021

La Porte de verre

Martine Morillon-Carreau

photo : Marilyne Bertoncini

Ce qui passe

Rémi Tournier

la maison dans les nuages
la montre sans aiguilles
Mamac, compagnie hommes de mains

How the day begins/Comment démarre la journée

Barry Wallenstein
trad. Marilyne Bertoncini

the day starts out as still

as a windmill caught in a calm absolute

that dreamy divagation

holds the man alive well into his future

thinking of it.

the day begins this way :

there’s a bustle around the house

four kids, two his owns and two visiting,

are, literally, banging life into the place

thinking of it

the day starts out with windmill blades

holding the sunlight, and in the evening,

with moonrise, the fins again glow, and

there is no fire, no alarm

no one thinks of it.

the day resume its burden

working deep into a leafless March

which stalls till mid-month,

holds its breath and release April

think of it : April.

the day dissolves to evening

as in the old days

and lowers its eyes to the light ;

and every thought on the edge of the dread

buries itself in night.

(from Pandemonium)

la journée démarre aussi doucement

qu’un moulin à vent par un calme absolu

cette errante rêverie

maintient l’homme bien en vie pour son futur

en y pensant.

la journée commence ainsi:

ça s’agite dans la maison

quatre enfants, deux à lui et deux en visite,

y font, littéralement, exploser la vie

en y pensant

la journée commence avec des ailes de moulin

retenant la lumière du soleil, et le soir,

quand se lève la lune, les nageoires à nouveau brillent , et

il n’y a pas de feu, pas d’alarme

personne n’y pense.

le jour reprend son fardeau

de profond labeur dans un Mars dépouillé

qui stagne jusqu’au milieu du mois,

retient son souffle et libère Avril

y penser : avril.

le jour se dilue en soirée

comme aux jours d’autrefois

abaisse ses yeux à la lumière;

et toute pensée sur l’arête de la peur

plonge dans la nuit.

(traduction publiée dans le numéro de janvier 2021 de Recours au Poème)

L’Ombre d’un saut de puce

Anne Soy

6/6/2021

Passage

Sylvie Paligot-Grimal

A travers ce qui te servait de robe

J’ai découvert trois gouttes d’or pâle,

Un petit calice

Et tout mon désarroi.

Si l’au-delà s’ouvrait à moi

Par quel chemin, couronne d’épines,

Passerais-tu mon âme ?

Avignon 06/06/2021

Maternité

Louise Caroline

« Me voici bousculé cul par-dessus tête, plongeant dans l’étroit corridor, explorateur aveugle de reliefs gluants » ,  
(d’un âge sans mémoire 
Marcel Alocco, 2007).

encres d’imprimerie sur tissu recyclé, toile libre, 120×96 cms

Déroulement

Daniele Beghè
trad. Marilyne Bertoncini

SVOLGIMENTO

Ecco cosa vorrei vedere al primo

verso: una porta di vetro

con una scritta in alto che invita

ad entrare. Fiducioso.

Passata la soglia trotterellare

col mio ritmo, saltando tra un rigo

ed un gomitolo, ridendo o tirando su col naso,

tra esuli pensieri e pozzi neri.

E poi trovare tra le stanze tante vie

di fuga: una crepa , un abbaino

sul cielo azzurro, un lurido tubo

di scarico. Sgattaiolando o volando,

a volte in un vicolo cieco.

(extrait de Galateo dell’abbandono)

DEROULEMENT

Voici ce que j’aimerais voir au premier

vers : une porte de verre

surmontée d’un écriteau invitant

à entrer. En confiance.

Passé le seuil, trottiner

à mon rythme, en sautant d’une ligne

à une pelote de laine, riant ou faisant la moue

entre pensées d’exil et fosses septiques.

Et puis entre les pièces trouver tant de chemins

de fuite : une fissure, une lucarne

sur l’azur du ciel, un tuyau d’évacuation

crasseux. Me faufiler ou m’envoler,

même dans un cul-de-sac.

Interstices

photo : Marilyne Bertoncini

Ne cherche plus ailleurs. 

Joël Dely


Oublie, toi qui cherche l’Eden,
Tes lointains,  tes ailleurs 
Tous ces points de fuite tracés vers l’infini. 
Laisse choir à tes pieds tes lendemains au goût de meilleur. 
Toutes tes échappatoires,  tes issues de secours, 
Toutes ces négations du présent qui fleurit. 
Scénarios, esquisses,  préambules, 
D’improbables futurs. 

Là,  ici, maintenant,  inscris ton paysage.
Un oiseau s’envole, 
Il chevauche un rayon de soleil
Qui caresse les toits. 
Le sourd ronronnement, apprivoisé
D’un moteur, qui rature l’instant. 

Arrête toi.
Entre ces lignes,
Fraie toi un passage.
Sur le point de suspension de ta respiration, 
Cueille ton bonheur,  qui supplie 
Depuis toujours, Que tu le regardes.
Bien sur, viendra,  aux portes du silence
Le moment de rêver.
Mais de ton rêve,  ami,
Ne fais pas, surtout, un pâle breuvage 
Où noyer ton désespoir. 
Ce rêve, chéris-le, recueille le, comme un amour encore fragile,
 Au creux de tes mains,  de ton coeur 
Façonne-le, pétris-le de la glaise de tes heures.
Et fais-en, en secret 
Ton unique prière. 

Ce que l’on gagne

Marilyse Leroux

Par la force du vent

Lambert Savigneux

Par la force du vent
l’éclat suspendu
d’une porte
j’ai vu une voile
une ombre figurer un cil
une main ramener sur les yeux
sur la coupure du soleil
un air de coton
aussi blanc que l’écume

La nudité dehors
dans l’étendue indifférente le monde
sur le mur qui s’écaille
sous les voix tissés de la rue
beauté cratère
l’érosion constante des choses
au fil de l’eau
sur les paupières
la morsure du sel
chauffée par la brûlure

Intérieur extérieur nuit

vidéo-poème de Maud Thiria

Oeuvre et poème de Chantal Godé-Victor

dessin au pastel à l’huile
( format: 25 x 32 cm)

.

.

Passage
Un oeil bleu entrouvert
La porte du ciel en marche
Le silence contrescarpe
Où glisse un pas furtif
Une attente en dérive
Face à l’aube relevée
La mort écartelée sur une pancarte
Vaincre enfin l’inconnu.

Passage au Méridien (extrait)

Béatrice Machet

photo : Anne-Marie Wilwerth

Le Anime Sorridenti

poème et trad. Elizabeth Guyon-Spennato

Castello aragonese, Ischia – photo Elizabeth Guyon

Le anime sorridenti 

Sembrava estinto 

il cognome antico.

Neanche una lapide 

a San Michele.

Fu un miracolo 

farlo rinascere 

proprio sul Castello.

Gli Sguardi Persiani sui muri 

dell’androne ci accolsero 

con le anime sorridenti 

degli antenati.

Fu un miracolo 

da celebrare 

con gli amici di sempre

Les âmes souriantes

Il semblait avoir disparu

ce vieux nom de famille.

Pas même une pierre tombale 

à San Michele.

Ce fut un miracle 

de lui redonner vie

en haut du Château.

Les Regards Persans sur les murs 

de l’androne nous accueillirent

avec les âmes souriantes

de nos ancêtres.

Ce fut un miracle 

à célébrer 

avec les amis de toujours

« Portal » & « Ways »

2 photos de Patrick Williamson

C’est une porte

Dominique Ottavi

C’est une porte

Qui sanglote

Dans le grand vent froid

Frissonne de même

S’interrogeant :

Que je sois ouverte

Ou fermée

Qui en décide

In fine ?

© dominique ottavi

photo : Miguel Angel Real

4 Portes

photos de Marie Alloy

Trois passages

Miguel Ángel Real

I – Vers le pont

La parole est présence

mais elle ne remplace pas la trace de ton pied

qui sur le pont s’efforce d’être couteau

et déchire l’hiver de l’autre rive.

Tu vis

en messagère de la permanence voulue

tu es

contre l’exigence du courant

et tu sais

être le son qui se fige

pour permettre aux trophées de ton ombre

de rendre jalouses les rivières

leur inertie, leur arrachement, leurs passages.

II – Vers toi

Un projet de lumière

les mots chaleureux des amis

ma gratitude.

La poussière se lève si je soupire

le vent attend, guette, se faufile

et dessine des diagonales sur le calendrier,

des comètes, des sillons de feu

et une mythologie incomprise reste gravée

dans le devenir des jours que tu arrêtes.

Car tu restes

et à travers tes pas posés

un à un, sagement, sur les jours qui se déroulent

je n’ai qu’une impatience

et un écran sur lequel je dors où je projette

une esquisse maladroite du temps qui passe.

III – Vers un autre monde

Frontières, morts, éclipses,

nuages imbus de leur vent,

musique, portes,

une voix et sa volonté,

une lumière que l’on cherche,

sentiers (mais pas tranchées),

velléités, pouvoir (rappelez-vous en),

mon regard sur ton corps,

la douleur d’une promesse,

la patience vers l’ailleurs,

catalogues, un galop,

le vers qui se dessine,

un mot d’amour non médité,

escaliers, choix, le versant d’une colline,

une carte non parcourue,

un volcan et son serment de cendres,

pages, être, paroles, nous.

par Lydia Padellec

Henri Matisse, 1913, La Porte de la Casbah
photo : Lydia Padellec
photo : Lydia Padellec

La révélation m’est toujours venue de l’Orient. Bab El Assa. Tu as posé ton chevalet dans l’ombre du vieux figuier sur la place où l’eau de la fontaine en mosaïque joue une musique rafraîchissante. La Porte de la casbah s’offre à toi, ouverte au ciel et à la mer. A gauche, un homme assis sur un petit escalier, se fond dans le bleu du mur, le visage penché sur ses mains jointes. Une ombre dans une ombre plus grande. Où commence le ciel ?

Un tapis de lumière pourpre invite à franchir le seuil, à descendre vers la terrasse qui donne sur les toits de la médina, la baie, la plage – un ailleurs plus bleu que le rêve.

(Poème extrait d’un recueil inédit : Le bleu de Matisse)

I miei scorci di luce / Mes bribes de lumière

Emanuela Rizzo

trad. Marilyne Bertoncini

pub Bastian Contrario – Parma – photo Bastian Contrario

I miei scorci di luce

Il giallo dei Borbone

nella mia bella Parma,

accarezzò

lacrime intagliate

nel legno ferito,

barocco

dell’anima.

Radici d’amore

piantai attraversando

porte e archi,

verdi cortili,

gli amati giardini

di San Paolo,

ammirati anche

a cancelli

serrati.

Ora scorgo

luci resilienti

nei vicoli

di quella che fu colonia

romana.

E’ così che tornai

nel mio amato

Oltretorrente,

pub dove un tempo

passi assetati di libertà

solcavano strade,

passi miei ora

curiosi e innamorati

di un tempo sospeso

nel ricordo.

Mes bribes de lumière

Le jaune des Bourbons

dans ma si belle Parme,

a caressé

des larmes sculptées

dans le bois blessé,

baroque

de l’âme.

J’ai planté des racines d’amour

en traversant

portes et arches,

et verts jardins,

les bien-aimés Giardini

di San Paolo

qu’on admire aussi

à grilles

fermées.

Maintenant, je vois

les lumières qui résistent

dans les ruelles

de ce qui fut une colonie

romaine.

C’est ainsi que je revins

dans mon Oltretorrente

bien-aimé

en ce pub où jadis

des pas assoiffés de liberté

parcouraient les rues,

mes pas désormais

curieux et amoureux

de ce temps suspendu

dans la mémoire.

Souvenirs de la maison désaffectée

video-poème de Marilyne Bertoncini

« Puerta del Sol » poèmes et photo

de Martine Morillon-Carreau

Croissant de lune

ma barque claire

amarrée à la nuit

De poupe et proue

si fine

vers le cercle magique

du poème

dans l’arc le passage

la pierre outrepassée

Porte du Soleil

Puerta del Sol à Tolède

Puerta del Sol à Tolède

mer acier bleu la nuit

la barque de la lune

tire sur ses amarres

je tiens ta main

La mer le rêve à prendre

et nous

tout éclaboussés d’ombre

sous l’arc outrepassé

du temps

Transumanza/Transhumance

Lucilla Trapazzo,

trad. Marilyne Bertoncini

Transumanza

All’incrocio dei fiumi intrecciando

le sciarpe, genti trasmigrano e uccelli

cammelli, elefanti e sacche di iuta.

All’ombra dura di cieli strappati

portano le donne nelle ceste

il lamento dei padri e coltelli

negli occhi dei figli. Replicando

orme d’amore in un altro orizzonte

sulla rotta di abbagli lontani.

La storia è vena vagante solcante

crateri sul viso. Offrire foglie

di loto per estinguere il marchio

di orrori angolari. Poi cogliere

sogni versati su sabbia. Un solco

nel vento traccia non lascia.

Transhumance

Au croisement des rivières qui entrelacent

leurs écharpes, des gens transmigrent et des oiseaux

des chameaux, des éléphants et des sacs de jute.

Dans l’ombre dure de ciels déchirés

ils portent les femmes dans des paniers

la complainte des pères et des couteaux

dans les yeux des enfants. Ils repassent

des tracés d’amour dans un autre horizon

sur la route d’éblouissements lointains.

L’histoire est une errante veine qui trace

des cratères sur les visages. Offrir des feuilles

de lotus pour effacer la marque

des horreurs angulaires. Puis cueillir

des rêves écoulés sur le sable. Un sillon

dans le vent ne laisse aucune trace .

Accueil (migranti – centro di accoglienza in Puglia) – olio su tela (L.Trapazzo)Lucilla Trapazzo

In assenza /En absence

Lucilla Trapazzo,

trad. Marilyne Bertoncini

In assenza – una barca di nome speranza

Niente luna stanotte. Il ventre

vorace del mare si nutre di sogni

e di carne. Una barca graziata

si tinge di ombra solcando le acque.

Distante è il destino promesso.

Un volto di donna sospeso 

in assenza. Alle spalle sapore di casa

e terra natale. Spiagge sprezzanti

domani.

En l’absence – une barque nommée espoir

Pas de lune ce soir. L’estomac

vorace de la mer se nourrit de rêves

et de chair. Une barque graciée

se teinte d’ombre en sillonnant les eaux.

Il est loin est le destin promis.

Un visage de femme suspendu

dans l’absence. Derrière soi le goût

de la maison,de la terre natale. Demain

des plages qui te méprisent.

Ci veste di viola l’assenza (il fiume Limmat durante il lockdown) Lucilla Trapazzo

Un épigramme

de Michele Miccia

trad. Marilyne Bertoncini

Basilio

il tuo corpo è stato risucchiato

da una voragine non ti hanno più

ritrovato non sempre è diretta

la via dal fiume al mare, sei rimasto

per caso incagliato da qualche parte

indugiando per campi ed acquitrini

l’ultima visione ravvicinata

di un approdo che hai sempre cercato,

forse già fiori hanno messo radici

nelle orecchie nella bocca la tana

di una talpa ti muove, ancora vivo.

(tratto da  » Epigrammi Libro Secondo-Corpi e epifanie »)

Basilio

ton corps fut aspiré d’un coup

par un gouffre et on ne t’a plus

retrouvé elle n’est pas toujours droite

la voie du fleuve à la mer, tu es resté

par hasard échoué quelque part

hésitant entre champs et marécages

la dernière vue la plus proche

d’un abordage que tu as toujours cherché,

peut-être déjà les fleurs ont-elles pris racine

dans tes oreilles dans ta bouche tanière

d’une taupe qui te meut, toujours en vie.

interstice – photo Marilyne Bertoncini

« Passage » et « Sud vert »
poème et photo

de Marie-Claude San Juan

La nuit on glisse dans les pas absents
des mondes anciens,
ceux du partage des chiffres.
Boréale stridence, est-ce miroir d’antique flânerie
ou photographie intérieure ?

.

L’insondé
le clivé
l’altéré
brisé, chanté, gardé.

..

Maturation de l’indicible,
nocturne aurore.
Visage à construire
pour la poussière à venir
qui ose penser sa mort, sa métamorphose.

.

Ce n’est pas le moment de poser la main qui caresse,
pas celui d’appeler le souffle
et le parfum.
Juste celui d’entendre le son intime,
parallèle mystère.

(Poème inédit d’un ensemble dont plusieurs textes ont été publiés en revues :Les Cahiers du Sens, L’Intranquille, Saraswati, La macchina sognante…), recueil en gestation vers son titre (qui existe, mais attend que soit posé le mot « fin »).

Le Pied hésite

Marilyse Leroux

JANUS

par Florence Dreux

JANUS

À Michel Demangeat, in memoriam

La tête de Janus

Sur le bureau de Freud

Ne voit plus

Ni avant

Ni après

Les yeux grands ouverts

Fixent seul l’instant

Alors pourquoi la bouche ouverte

Sur le marbre blanc ?

Sans titre

Valérie Canat de Chizy

Meanwhile /Pendant ce temps

Gili Haimovich poème et photos

trad. anglaise de Dara Barnat
trad. fr Marilyne Bertoncini

Wooded 2018 – G. Haimovich

Meanwhile

Refrigerator on the balcony,

towels in the entryway.

(Trash can shut and forgotten).

In the cup next to the sink

there are more toothbrushes

than women,

than mates,

joining, if not for the journey, then the apartment.

Still doesn’t know that being nice

isn’t necessarily a compliment.

.

Outside territorial waters

you might sink,

but not tell.

You will exhale,

exhale an airplane,

maybe one day you’ll return to some home.

One with lights (landing lights?) and girls

and with a sunset,

since there are those who believe that sometime,

after some night,

(even shooting stars are actually the most beautiful as they fall),

turns into a sunrise.

Pendant ce temps

Le frigo sur le balcon,

les serviettes dans l’entrée.

(La poubelle fermée, on peut l’oublier).

Dans la tasse à côté de l’évier

il y a plus de brosses à dents

que de femmes,

que de copains,

venus, sinon pour le voyage, alors pour l’appartement.

Je n’ai toujours pas compris qu’être gentil

n’est pas forcément un compliment.

.

En dehors des eaux territoriales

vous pourriez couler,

mais sans le dire.

Vous expirerez,

expirerez un avion,

peut-être un jour retournerez-vous dans une maison.

Avec des lumières (des phares d’atterrissage ?) des filles

et un coucher de soleil,

puisqu’il y en a qui croient qu’un de ces jours,

après une de ces nuits,

(même les étoiles filantes en fait sont plus belles quand elles tombent),

commencera par un lever de soleil.

Caged in the Outdoors @Gili Haimovich

Portes et trouées

poèmes et photo de Claire Kräehenbühl

Laisser battante la porte

(on ne fait que passer)

mais

jeter ses racines

à l’envers

au fragile

comme un liseron s’enroule

autour d’une échelle

***

Un battement de cils

d’ailes

de porte

et

le regard

l’oiseau

comme un liseron s’enroule

le corps

traversent

suffirait-il que l’échelle

soit renversée

pour atteindre l’autre bord ?

***

La traversante

J’attends l’ouverture

un seul battant s’écarte

corridor où m’emmènes-tu ?

Tout au bout la brèche  le trou dans la haie 

vers quel dehors ?

La Brèche & Gothic castle

deux poèmes de Franck Merger

la grâce de son apparition parmi les arbres

la lumière de son regard au clair de lune

le charme de son sourire quand il s’approche

la soie de sa peau sous mes doigts

ses mains dans mes cheveux

ses lèvres sur mon visage

son corps contre mon corps

sa délicatesse

rallument sous la cendre le point rouge d’une braise mal éteinte

dans les bras l’un de l’autre sur un banc où il a bien voulu

me suivre Khaled me dit que je suis inattendu

il aime les bruns je suis châtain

il aime les petits je suis grand

il n’attendait rien je suis là

« tu aimes les surprises ?

– tu es une heureuse surprise »

vient le moment du « on s’échange nos numéros ? »

et vient la réponse de Khaled

« non –

si tu me donnes ton numéro

je vais t’appeler

je veux rester seul »

(Poème inclus dans le recueil Poésie marseillaise de Franck Merger,
à paraître aux éditions Maeltröm)

photo : Gili Haimovich

À Henrik

quand

les coups éclatants du tonnerre

la foudre qui zigzague et cisaille les ténèbres

les hurlements des loups dans la plaine

cessent

alors

des murailles balafrées de meurtrières

des merlons qui projettent leur ombre menaçante

de la herse aux pointes fichées à jamais dans le sol

ne provient

rien

l’homme enfermé là-dedans a pris son cri dans ses poings et l’a enfoncé dans sa trachée la répétitive bouteille à ses côtés il lit ; parfois il se lève va à la herse tend les mains vers les hommes qui passent vivent et s’aiment il les appelle mais sa bouche est celle du poisson s’asphyxiant sur la rive et les passants s’amusent des bulles jolies qui enflent et crèvent à ses lèvres

le voici qui apprend maint langage pour donner une voix à ses mots

al cancello si aggrumano le vittime

volti nudi e perfetti

chiusi nell’ignoranza…

la luna chiede tormento

e chiede sangue ai reclusi…

su e giù per quelle barriere

inferocite dai fiori,

persi tutti in un sogno

di realtâ che fuggiva…

نگاه کن

به من

از پشت این زندان شیشه ای…

بیا بیا بیا بیا بیا بی بی ب ب…

(Franck)

« les victimes s’incrustent à la grille / visages nus et parfaits / clos dans leur ignorance… » ; « la lune réclame des tourments / et réclame du sang aux reclus… » ; « les cent pas devant ces barrières / que les fleurs ensauvagent, / tous perdus dans un songe / de réalité fuyante… » (La Terre sainte d’Alda Merini)

« regarde-moi / là ! / dans la prison de verre… » (Une fleur attend la pendaison de Mahshid Vatan-Doust)

« biâ biâ biâ biâ biâ bi bi b b » : « viens viens viens viens viens vi vi v v » (Le Bris lent des bouteilles de Rezâ Sâdeghpour)

Passage

photo de Lino Cannizzaro

Vite fanées…

un poème de passage par Luca Ariano
– trad. Marilyne Bertoncini

Sfiorite in fretta le rose…
forse colte in un impeto
di gioventù, mentre Maggio
terminava tra vento
e temporali improvvisi.
Volata rapida la coccinella
come quando bambino soffiavi
su quei fiori:
raschia la gola la tosse,
parole sprecate, vite operaie
tranciate in quell’orditoio.
Pare una storia di altri secoli,
di canti di lavoro:
non scenderanno in piazza
ma occuperanno strade di locali.
Non è tempo di serrate
e attendi il giorno come una preghiera:
la liturgia delle vostre labbra sfiorate,
pelli poco avvezze al calore sfinite
tra lenzuola intrecciate di eterne promesse.

Vite fanées les roses…
saisies peut-être dans l’impétuosité
de la jeunesse, tandis que mai
s’épuisait entre vent
et orages soudains.
Vite envolée la coccinelle
comme quand tu soufflais enfant
sur ces fleurs :
elle racle la gorge cette toux,
mots gâchés, vie d’ouvriers
tranchées dans cet ourdissoir.
On dirait une histoire des temps passés,
de chants de travail :
ils ne descendront pas dans la rue
mais ils occuperont les rues où sont les bars.
Ce n’est pas une période de confinement
et tu attends le jour comme une prière :
la liturgie de vos lèvres effleurées,
vos peaux peu familières de la chaleur épuisées
entre des draps entrelacés d’éternelles promesses.

Portique

collage d’Alma Saporito

Passages éclairs

d’Alain Helissen

Deux peintures de Ratheesh Mullamgod (Inde)

Trois poèmes et une photo

de Giancarlo Baroni –
trad. Marilyne Bertoncini

photo : Giancarlo Baroni

Lasciapassare

Recinti una fetta di universo
appendi vietato entrare
concedi un lasciapassare
ai conoscenti che portano
il vitto quotidiano.

Uscio

Bussi e non fa rumore
tiri e non ha maniglie
infili la chiave ma non c’è la toppa
l’attraversi ma non si entra

.

Ai bordi

A velocità stellari
dappertutto nel vuoto
all’improvviso ferme
ai bordi dell’abisso.

Giancarlo Baroni

(dalla raccolta I nomi delle cose, puntoacapo editrice, 2020)

Laissez-passer

Clôture une tranche d’univers
accroche entrée interdite
accorde un laissez-passer
aux connaissances qui t’apportent
la nourriture quotidienne.

Seuil

Tu toques et ça ne fait aucun bruit
tu tires et il n’y a pas de poignées
tu inséres la clé mais il n’y a pas de trou
tu le traverses mais on n’entre pas.

Aux confins

À vitesse stellaire
partout dans le vide
soudainement tout s’arrête
aux confins de l’abîme.

Giancarlo Baroni

Trouée

photo de Sophie Braganti

Des Interstices

par Dominique Boudou

Un interstice est un espace d’espace ou un espace de temps produit par une rupture dans une continuité.
On trouve, par exemple,  des interstices dans les murs dont les plâtres se délitent et sur les brisures des porcelaines japonaises soignées par le kintsugi…bref ! sur toute étendue de matière.
L’interstice temporel est une suspension voire une faille dans une durée. Une éclipse du soleil pendant quatre ou cinq minutes en constitue un. En médecine, l’interruption momentanée de la vascularisation du cerveau en constitue un autre.
L’expression « espace interstitiel de liberté », qui concerne les durées floues de la désoccupation au travail ou chez soi, incite à penser que l’humain n’est pas totalement prisonnier de l’aragne du pouvoir technologique. Des quarterons de pédagogues ampoulés l’utilisent pour désigner la cour de récréation. Les enfants, échappant pendant quelques minutes à la surveillance des maîtres, s’approprient un coin à l’écart et font ce qu’ils veulent, loin des jeux et des propos attendus. Ils transforment un temps mort dans un angle mort en un temps vivant qui fait vivre l’espace invisible. Ils entrevoient ainsi ce que pourrait être leur liberté. Devenus lycéens, ils occupent ces espaces interstitiels à donner et recevoir le premier baiser. L’administration de l’établissement n’est évidemment pas dupe. Elle sait bien qu’on ne saurait installer partout des caméras de surveillance. Mais, au prétexte de la sécurité ou de la prévention des conduites à risques, tous les espaces interstitiels ne sont pas tolérables. La meilleure stratégie consiste à en aménager quelques-uns sous contrôle aléatoire. Elle s’applique à tous les lieux de la sphère publique. Nos cités soucieuses du plus grand bien-être commun, (à l’exception des laissés-pour- compte interdits de replis nocturnes), consentent à réserver des lieux non rentables à des jardins partagés et à la pratique artistique de rue. De même, dans le cadre de l’illusion écologique, certains trottoirs sont parfois abandonnés à la végétalisation personnelle.  Ces espaces sont sémantiquement interstitiels dans la mesure où les habitants peuvent s’en emparer d’une façon imprévue par les autorités municipales. Autrement dit, une partie de leur liberté reste sous contrôle mais une autre partie leur échappe et devient vraie quand la première est fausse. Un sens différent peut apparaître à l’intérieur du sens.
Qualifions ce sens différent de brin d’herbe. Ils sont nombreux à pousser sur nos vieux murs. Quand on s’en aperçoit, selon notre vision morale de l’ordre et du désordre, on les arrache ou on les laisse vivre. On refuse ou on accepte l’espace interstitiel. A moins qu’on atermoie. On accorde un délai au brin d’herbe, soit parce qu’on le trouve joli soit parce qu’il ne prend pas trop de place. Ou parce qu’on est plutôt de bonne humeur ces derniers temps. Ou, encore, parce qu’on sait que sa présence rejouira la personne avec laquelle on vit.
Le rapport à l’espace interstitiel, de liberté ou non, est donc aussi complexe que la vie même. Est-il bon si l’herbe est considérée comme bonne ? Est-il mauvais si elle est considérée comme mauvaise ?
La dualité contenue dans ces questions est inféconde. La vie, qui est autant rêvée que vécue, s’accommode mieux de l’herbe métaphorique. Elle peut être folle ou sauvage, à chat ou à bison. On peut la couper sous le pied de quelqu’un ou, procédé antédiluvien, la mettre au bon endroit des femmes pour qu’elles avortent. Elle guérit ou elle tue, procure la joie ou l’affliction selon les doses ingérées. De l’une à l’autre de ces significations, et il y en a beaucoup d’autres, une mosaïque d’interstices ouvre un chemin à la pensée et aux émotions. Un chemin qui va de l’avant puis recule, à moins qu’il ne bifurque au gré qui lui importe, telle la « ligne de sorcière  » chère à Deleuze devenu poète.
A l’échelle planétaire, les immensités des paysages non exploitables échappent à la cartographie totale, fût-elle numérique. Google earth ne voit pas tout, n’enregistre pas tout. Une balle de ping pong peut être détectée depuis de très hautes altitudes mais il n’y a aucun intérêt stratégique et économique à le faire.
Dans sa nouvelle Nulle part à Liverion publiée en 1996, Serge Lehman imagine qu’un conglomérat de multinationales a instauré un gouvernement mondial. Ses satellites quadrillent au centimètre carré près toutes les terres restées vierges. Le coût de cette entreprise est si élevé que le retour sur investissement n’est pas toujours garanti. Certaines zones montagneuses par exemple n’apparaissent sur aucun écran puisqu’on n’en fera rien. Les moteurs de recherche en effacent toute mémoire documentaire, sous la vigilance des autorités qui décrètent que ces terres n’ont jamais existé. Seules quelques rares personnes se souviennent vaguement qu’on parlait autrefois de la cité de Liverion dans le Caucase. Comment, alors, localiser cette ville perdue ? Comment s’en emparer ? Pour y construire quoi où s’épanouir ? L’humanité qui résiste saura-t-elle retrouver avec cette faille interstitielle l’ivresse de l’utopie qui pourrait la sauver ?
C’est, encore, une affaire de volonté chevillée à un désir dans le même souffle : celui de la liberté vraie. Les interstices spatiaux et temporels sont quasiment infini dans toutes les composantes du réel. La liberté vraie peut et doit décider qu’ils lui appartiennent. C’est un combat à mener avec les brins d’herbe qui peuplent nos pensées, contre les peurs qui font courber les échines. Au coeur du banal.
Et il faut encore raconter une histoire que vous aurez à entendre entre les mailles. 

« Panique »

un haïsha de Martine Morillon-Carreau