Une éphéméride – ce calendrier qu’on effeuille au fil des jours – est à l’image de l’arbre en automne : chaque feuille arrachée emporte un souvenir, dépouille le présent, marque la succession du passage des instants que rien ne rattrape, sinon le vent qui les emporte… Sujet mélancolique, et pourtant riche de toutes les couleurs, les ors et rouilles qui parent ces défuntes, dont restent les fragiles squelettes, parfois. Voici ouverte la page des feuilles détachées à laquelle je vous invite à participer, avec textes, photos, oeuvres plastiques ou sonores… Parlez-nous de votre éphéméride personnel, votre façon de vivre ou sauvegarder le fugace et précaire instant.

Propositions à envoyer à jeudidesmots@gmail.com

C’est une photo de Giancarlo Baroni, et un poème d’Attilio Zanichelli (à retrouver en bas de page) qui ouvrent cette anthologie en ligne – merci à Emanuela Rizzo qui a sollicité cette action.

( © photo en une : Marilyne Bertoncini)

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Le Jour d’après/Narki Nal

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© photos Giancarlo Baroni

Le jour d’après toujours arrive

La mort automnale de novembre

Ponctue les paysages de sang et de soleil

Couleurs trompeuses de vie

Quand tout meurt

Mais cette mort est éphémère

Je les ai vues en rêve ces feuilles éparpillées

D’éphéméride

Le vent soufflait sur ma vie

Elles faisaient un tapis

Comme ces feuilles mortes somptueuses

Ainsi s’égrène le temps et les saisons

Le jour d’après toujours arrive

Même si je m’agrippe au jour présent

J’ai voulu les remettre en ordre

Poser ma main pour les soustraire à l’effeuillage

Mais ce fut vain

Tout meurt

Avant de renaître

Être la feuille marcescente

Remplacée au printemps

Mais la mort n’est pas toujours éphémère

Presque rien/Yannick Resch

© photo Marilyne Bertoncin

Presque rien
juste une impression
de grisaille
comme si
derrière la vitre
la clarté
avait
déserté le jour

laissé les nuages
obscurcir
l‘étendue  du  ciel
sans menace
d’orage

Presque rien
juste une impression
de  temps vide
d’attente vaine

de  pensées
qui s’embrouillent
de mots
qui s’égarent

blancheur
de la page
Presque rien
juste une impression
de flottement
de couleurs  éteintes
qui s’effilochent
sans se confondre

et le regard
fatigué
ne sait plus
accueillir
la flamme
qui danse encore
sous ses paupières

L’Eau tarie/Amédée Pan

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© photo Amédée Pan, « l’abreuvoir »

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L’eau tarie
mes chevaux ont déserté l’abreuvoir
partis au loin
vers les contrées bleutées du souvenir
Souvenir des herbes fraîches et du bruit
des sabots sur les pierres
Souvenir des plaisirs éphémères
comme celui du vent de mai dans les naseaux
ou le frisson des premières neiges
Les souvenirs comme présences invisibles
L’eau ne reviendra pas
Moi non plus

Eléments (extrait de livre d’artiste en duo)/Françoise Bonnel (photo) & Alain Helissen

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Les photos de Françoise Bonnel, prises dans la nature, atteignent l’abstraction. Mon travail a consisté à créer, en vis à vis dans le livre, des textes écrits sur des cartes de différentes couleurs assorties reprenant la dimension des photos, à savoir 15 x 10 cm. J’ai accompagné mes textes de papiers collés, de manière à suggérer un ensemble visuellement proche de la photo en vis à vis.

Floraison d’hiver/Mariapia Quintavalla (Italie)

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Floraison hivernale
Miracle des feuillets verts
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Dans le paysage délimité
Circulaire, ombres d’eau, mauve et bleu
et les verts sont là, alignés
sous les feuilles
des éclaboussures colorées qui
suffoquent le jour, qu’apaise la nuit
.Des kilos de pétales étalés
devant le soleil pâle
digérer toutes mes branches
pour être un arbre nouveau.

.Et le vent caresse
mes jambes blanches.

(traduction : Marilyne Bertoncini)

© photo Marilyne Bertoncini

Empreintes
Bérénice Mollet/Marilyne Bertoncini(texte)

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Vestiges de lumière

Au cœur de la feuille, tapie sous sa mante de chlorophyle :  la couleur obscure de son essence – révélée par l’automne en brève enluminure des cimes arborées au cœur de la forêt, apothéose de cuivres et de haut-bois sur bleu imperturbable d’ombre venue du fond de la lumière.

Détachée, la feuille vire au cuir, se crispe, se désagrège – poussière dans l’humus, cendreuse couleur de terre.

Le cycle recommence, impassible et cruel – la couleur monte, explose, et meurt… Intensification, obscurcissement, dans la fusion pourpre ou la matière s’anéantit et se renversent les valeurs.

L’empreinte de la feuille ici lui survit – comme, au  suaire de Turin, les traits d’un dieu qu’on entrevoit alors même qu’il s’efface – éternité d’une ombre saisie comme une image par l’instantané des photos argentiques dans le bain qui les révèle.

Le réséda des teinturiers recèle un or teinté de vert, le sang du bois de la campêche déploie des mauves qui voisinent avec un ultra-violet, le jaune d’or du curcuma explose comme un soleil trop mûr, le feu des pelures d’oignon vibre dans l’infra-rouge : tout un ciel se déploie autour des traces ténues laissées par les veines à la sève tarie des feuilles d’arbre, couchées entre deux feuilles de papier.

novembre 2021

Automne encagoulé/Nadine Travacca

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© photo Giancarlo Baroni

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Extension du blanc/Florence
Saint-Roch (texte et photos)

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1. tout se délite dans ta tête tu confonds les jours de la semaine oublies dates et rendez-vous comment faire pour distinguer un dimanche d’un lundi la question est ouverte comme devant toi ton carnet tu le parcours page après page en revisites les rares indications ton regard hésite se perd ne sait à quel saint se vouer tu n’y crois plus beaucoup d’ailleurs tes représentations s’enrayent le ciel aussi s’est effacé

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© F. Saint-Roch

2. ton oubli est plus dévorant encore que le temps insatiable il met les bouchées doubles parfois tu vis trois jours en un c’est si amusant d’effeuiller un éphéméride tes doigts amnésiques s’y plaisent y reviennent à plusieurs reprises dès avril ou mai c’est une peau de chagrin trop vite on avance dans l’automne des idées toutes les feuilles bientôt seront tombées viendra le terrible hiver le grand froid les souvenirs gelés

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© F. Saint-Roch

3. le calendrier de la poste est sagement à sa place bien punaisé sur le mur tu l’as toujours sous les yeux mais les mois n’ont pas grande importance ce que tu préfères toi ce sont les photos de chevaux le temps se cabre au moindre obstacle ta mémoire fait défaut jument indocile elle se dérobe piétine écarts voltes demi-voltes le cercle inexorablement se rétrécit la fière cavale refuse et toi tu abandonnes lâches la bride

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© F. Saint-Roch

4. t’offrir un éphéméride c’est une de mes idées je voulais te rendre palpable le temps qui passe j’espérais que tes doigts au moins se souviendraient et puis aussi que tu lirais patron du jour changement de saison lune rousse pleine ou nouvelle mais que t’importent désormais les fêtes les anniversaires quand tu cherches tes mots voici ta nouvelle litanie saint truc saint machin saint bazar saint bidule orate pro nobis

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Autumn Leaf/Barry Wallenstein (USA)

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Autumn Leaf

From my image on the pond,

I know my blush is deep,

my edges curl,

and my stem, though attached,

is drying. I’ll soon be on your surface.

Tonight’s predicted rainstorm

may sail me to your topmost edge.

Once that happens –

the inescapable small tumble –

we’ll be a spectacle of color.

But I’ll hang here a little longer.

It may not rain after all,

so, there’s extra time

while you wait for me.

Come spring

I could be lingering still,

the last leaf upon the tree.

Feuille d’automne

Mon reflet sur l’étang,

Me dit à quel point je suis rouge,

mes bords ondulés,

et ma tige, bien qu’attachée,

toute racornie. Je rejoindrai bientôt ta surface.

L’orage prévu ce soir

pourrait m’emporter vers ta rive supérieure.

Une fois survenue

l’inévitable culbute,

nous offrirons un spectacle bariolé.

Mais je vais rester encore un peu ici.

Il peut ne pas pleuvoir après tout,

Il y aurait donc un délai supplémentaire

pendant que tu m’attends.

Le  printemps venu

Je pourrais  encore m’accrocher,

la dernière feuille de l’arbre.

(traduction Marilyne Bertoncini)

Narici (Narines)/Alberto Padovani (Italie)

&maninblu : Samsong

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https://www.youtube.com/watch?v=i0rXpwcAiMI

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Ho sentito, il fumo di un camino

In un dolce calpestio di foglie

Nel breve tratto, del primo

Pomeriggio.

Preso dalle narici

Invade la memoria

Ed ora, sono pronto

Ad un lungo viaggio

Nei colori del secondo autunno.

Ho sentito, l’odore della legna

Tenuta all’asciutto, stagionata

Ne ho colto la portata storica

Di quando, tutte le case

Avevano un camino, e le braci

Riscaldavano corpi abituati

All’umidità ed ai sentori

Di stagione. Un istante

Poco fa, mi ha cambiato

Ed ora sono una forza

Una forza, del passato

J’ai senti, la fumée d’une cheminée

Dans un doux piétinement de feuilles

Dans le bref intervalle d’un  début

d’après midi.

Saisi par les narines

Elle envahit la mémoire

Et je suis désormais prêt,

Pour un  long voyage

Dans les couleurs du second automne.

J’ai senti, l’odeur des fagots

Conservés à l’abri, séchés

J’en ai saisi la portée historique

De l’époque où toutes les maisons

Avaient une cheminée, et les braises

Réchauffaient des corps habitués

à l’humidité et aux parfums

Des saisons. Cet instant

Tout récent,  m’a changé

Et je suis désormais une force

Une force, du passé

Oriflammes/Mokhtar El Amraoui

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photo Marilyne Bertoncini

Oriflammes

Comme des feuillets d’almanach,

Tes sourires vacillent dans le vent d’automne.

Glorieux, le train meuglant

Décapite la marguerite.

Je ne peux, de mes plaintes,

Déposer sur ton autel

Les ouragans des grands naufrages.

Cette olive diamant

Ton essence, ta flamme, ton âme,

Bruit en adieux pressés

Sous le soleil mégot de crépuscule.

Les mouchoirs des mères,

Au verdict des sirènes,

Deviennent oriflammes

Et les guêtres dures rapetissent, se ramollissant

Pour s’en aller crever en moues gamines,

Dans les boues chaudes des derniers cris,

Dans le duvet rapace de l’oubli.

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Christine Durif-Bruckert

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©marilyne bertoncini

Feuilles de lune

lambeaux scintillants

paysage plissé des lignes du temps

comme un arrêt brutal de l’infini .

La nuit, creusée de ses ombres, descendra sur le chemin

sous le poids d’un désert de silence.

Quelques trouées

à peine

vers d’immobiles clartés.

Le vent se grise des pulsations voraces de la nuit.

Ne plus rien sentir

de la nuit à venir

lorsque les arbres fuient

dans le murmure fragile de leur dernière teinte.

Passage furtif qui assèche le regard.

Marcher encore contre les vents

dans le désir et l’immensité

marcher plus loin vers l’aube qui s’allonge

devant le présent

l’arbre me répond au loin

ses fruits encore chauds respirent à la surface du silence.

S’envolent quelques feuilles d’air et de feu

et la terre humide du matin sur ma peur.

novembre 2021

©Pascal Durif

Inédits/Anne-Lise Blanchard

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Une odeur de putréfaction
se superpose à la flamboyance
de l’automne tu te demandes

d’où viendra le phénix l’oiseau
totem martèle ses avertissements
incendies mises à mort d’enfants
de peuples entiers commerce
de femmes d’organes du vivant

continuum de renversements
le pays est fatigué
les poètes se réfugient ailleurs

où se trouve ailleurs
« Espérer c’est aussi se souvenir »[1]


[1] Philippe Mathy

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© Anne-Lise Blanchard

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Obscurité des jours jachères et
feuilles chues


notre ombre écorchée
par fiel et bâillon de fer

on aimerait un ciel qui s’élance
un ciel de baptême
à dessiller les visages

La Naturale bellezza/Emanuela Rizzo

photo Emanuela Rizzo

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Nelle ferite della corteccia
dell’albero,
nella dipendenza
del fungo,
che attinge impavido
a ciò che non è suo,
per sopravvivere.
Nelle foglie secche,
che si contorcono
lacerandosi, sgretolandosi,
sul terreno umido.
Nell’ erba spontanea,
audace e indomita,
che cresce senza che
nessuno si ricordi
di irrigarla.
In tutto ciò che,
spontaneamente,
naturalmente,
nasce e diviene,
non rispondendo
ad alcuna regola,
artificiosa e artefatta
dell’uomo,
ho colto l’autentica bellezza!
Eppure tutto si integra,
eppure tutto diviene,
da sempre,
naturalmente,
bellezza!

Dans les plaies de l’écorce
de l’arbre,
dans la dépendance
du champignon,
qui tranquille tire parti
de ce qui n’est pas à lui,
pour survivre.
Dans les feuilles sèches,
qui se tortillent
se déchirent, s’émiettent,
sur la terre humide.
Dans l’herbe spontanée,
audacieuse et sauvage,
qui grandit sans que
personne ne se souvienne
de l’arroser.
Dans tout ce qui,
spontanément,
naturellement,
naît et devient,
sans répondre
à une règle,
artificielle et falsifiée
de l’homme,
J’ai cueilli l’authentique beauté
En effet, tout s’intègre,
tout devient,
depuis toujours,
naturellement,
la beauté!

Lo Moulis

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photo Lo Moulis

tu peux jeter des cailloux
l’eau se ride
une fois encore
et disparait
tu t’absentes
dans ta tête
dans le vide de l’attente
on a peur de se perdre
la patience de l’automne
se défait pas à pas
il ne reste que la nuit

Komorebi/Antje Stehn (Allemagne/Italie)

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Komorebi1

Fierement se dressent
les pissenlits
sur les ronds-points
dans le vacarme des zones
de circulation frénétique
je les rencontre tapis
au niveau du regard des chiens
Des grappes de rayons filtrent à travers
les douces tiges de papier vélin
tout flotte comme le feuillage
dans le jeu clair-obscur
d’une forêt magique
subtile et si légère
presque transparente
de sphères de graines rayonnantes
riches d’infinis possibles
il suffit dun souffle de vent
pour une vie nouvelle
dans les fissures du quotidien
C’est mon Komorebi
Drogue du bonheur made in Japan
On la trouve à n’importe quel coin de rue
n’importe quand.

(traduction Marilyne Bertoncini)

1 – ce mot japonais désigne la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres.

photo Marilyne Bertoncini
photo Giancarlo Baroni

Mots écrits sur la tapisserie du temps/ Fahredin Shehu (Kosovo)

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Quand ton esprit n’est plus qu’un ballon

flottant dans le vent et

que les mots du Présent

sont dispersés sur la Tapisserie du Temps

cherche la Gitta sans âge et

déploie le secret de la force

apprends à analyser tes doutes et

apprends à te lire

dans la poitrine du temps

qu’ainsi soit-il…!

Et quand entre les feuillets, la poussière invisible et têtue

Alourdit ta plume et

Que ta langue se noue et

Que simplement dite la vibration

alourdit ton coeur

trouve l’Amour éternel dont les paroles sans voix essaiment à travers le Temps et

déploie le secret de la vision

pour voir autour de toi les plus infimes part de toi-même et

les plus infimes  parts du tout

en toi et

commence à comprendre

aussi bien les différences externes

que les ressemblances internes

ainsi est-il…!

Irrevocable (bilingue)/Dominique Hecq (Belgique/Australie)

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paysage à fleur de bitume – photo Marilyne Bertoncini

Bruissement de feuilles

Odeur de safran

Un oiseau aile ton regard

Se cogne à la fenêtre

Tu arraches le feuillet

Les ondes se déchirent

Le temps te saute

En plein visage

Destin en suspens

Dans ce geste irrévocable

Enfance jonchée

A fleur de papier

Rustle of foliage

Odour of saffron

A bird wings your gaze

Crashes into the window

You tear off the leaf

The airwaves rip

Time explodes

In your face

Destiny on hold

In this irrevocable gesture

Childhood in tatters

With a flourish of paper

Marc-Henri Arfeux

.

photo Marc-Henri Arfeux

Ce monde, à nouveau étonné,

Glissant sur un chemin de rêve

Et de fumée lunaire.

Visage demeurant seul

Entier silence épanoui

Contre la terre de l’abandon.

Aura dernière

Marquant le seuil de ton adieu

Tandis que tu t’effaces.

Ton ombre s’accomplit

Sur la feuille d’or de cet instant.

Patricia Ryckewaert

Tendresses d’automne
à parfumer le jour dans les plis
la mémoire, les doigts
langue des sous-bois, des pommes
amours pourrissantes et sucrées
le poème et la terre flamboient
l’autre adoré est humus
excès de tanin, grains de folie
le vin sera meilleur demain
on se rappelle
l’ardente mélancolie à vouloir la douceur
Le chagrin peut bien planer au-dessus de nous
comme un oiseau de proie
« On est heureux »

Ansouis le 16 novembre 2021

photo Ghislaine Lejard

Irrévocable (bilingue) Dominique Hecq (Belgique/Australie)

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Bruissement de feuilles

Odeur de safran

Un oiseau aile ton regard

Se cogne à la fenêtre

Tu arraches le feuillet

Les ondes se déchirent

Le temps te saute

En plein visage

Destin en suspens

Dans ce geste irrévocable

Enfance jonchée

A fleur de papier

Rustle of foliage

Odour of saffron

A bird wings your gaze

Crashes into the window

You tear off the leaf

The airwaves rip

Time explodes

In your face

Destiny on hold

In this irrevocable gesture

Childhood in tatters

With a flourish of paper

Efimero/Alma Saporito (Italie)

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Dalla finestra

guardi i passanti

un tempo

gli uomini più sfrontati

ti mandavano baci

i più introversi

ti spiavano di sottecchi

a volte arrossendo

se capivano di essere visti

le donne ammiravano

la tua chioma fulva

elargendo complimenti

ma la bellezza

dona una fugace felicità

ora

i capelli sono bianchi

solo qualcuno del quartiere

accenna ad un saluto

ma non rallenta il passo.

De la fenêtre

tu regardes les passants

autrefois

les plus effrontés des hommes

t’envoyaient des baisers

les plus timides

te jetaient un coup d’oeil en coin

et rougissaient parfois

en comprenant qu’ils étaient vus

les femmes admiraient

ta chevelure rousse

et te couvraient de compliments

mais la beauté

procure un bonheur éphémère

maintenant

tes cheveux sont blancs

seul un habitant du quartier

te salue d’un gestesans ralentir le pas

Enza Palamara

.

Adolescente, j’avais été saisie par la poésie de Serguei Essenine, littéralement emportée dans ces espaces sans limites où la présence des bouleaux sembait apporter une note de douceur. Je ne connaissais pas cet arbre, mais je pouvais l’imaginer grâce à l’évocation du poète qui parlait du « lait «  des bouleaux, de leur « chevelure ».Un vers reste gravé dans ma mémoire :

  Le vent adolescent a soulevé jusqu’à l’épaule la robe du bouleau.

Ces connotations féminines me touchaient au point que je m’identifiais à cet arbre.

Ludmila, une jeune enseignante de russe, touchée par l’admiration que je manifestais pour ce poète, me lisait des passages en langue originale. Chaque fois c’était un enchantement.

Quelle ne fut pas ma douleur, alors que je venais de quitter Nice pour la Bourgogne ,d’apprendre qu’elle avait été foudroyée par un cancer ! Mon amour pour le bouleau-« Biroza » en russe, « betulla » en italien-s’est transformé en immense tendresse pour un arbre qui incarnait pour moi la féminité,  mais aussi la fragilité .

Une fragilité bien présente dans les poèmes de Serguei qui dénonça les horreurs de la révolution soviétique :

Vous avancez vers l’avenir avec des rames de bras brisés….

Et pourtant il ne cessait de crier son amour :

    Je chanterai, je chanterai, je chanterai

                    ……

    S’il y a de quoi s’attrister, n’y a-tl pas aussi de quoi sourire ?

Les poèmes d’Essénine ont beaucoup marqué ma jeunesse. Exilée en Bourgogne, j’avais écrit ce petit texte :

Les bouleaux qui défilent, blancs, sveltes, encore tout dévêtus,
l’épaule  nue.

Je pense à toi Ludmila, à toi et à Essenine … Dans mon esprit, votre destin

est étrangement uni, votre destin malheureux.

Ludmila, je pense à toi, à ton visage échevelé, ton sourire triste, ton regard fuyant,

lointain, s’étendant à perte de vue.

Ton regard où se succédaient des forêts entières de bouleaux-

Ton regard fragile, fragile comme ta vie

(In Enza Palamara En quête du Lieu,  Ed. L’Andriague 2020)

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Hanna Fridriksdottir (Islande/Italie)

©photo Hanna Fridriksdottir

Béatrice Machet

Calendrier/Gabriel Y Fabre

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Janveux
Fait-vrier
Marche
Havre-ile
Mais-dites-donc
Gein
Jus-y-est
Aouille
Cep-tendre
Octo-rhyno
Nono
Des-cendres

Les Echappées ©photo Gabriel Fabre
Déracinement ©photo Gabriel Fabre
L’apostrophée ©photo Gabriel Fabre

Le Plaqueminier/Marilyne Bertoncini

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..

L’automne est un brasier

tourmenté

il enflamme les feuilles de l’arbre qui se tord

sous le poids de ses fruits

braises promises à tes lèvres

.

La laque rouge du feuillage ensanglante le ru

et le fruit dans ta main a le poids un peu mou

d’un sein vermeil et doux

sous la soie de sa peau

qui se fendille un peu comme pour un baiser

.

C’est un soleil couchant que tu portes à ta bouche

en dégustant l’instant

maintenant

à jamais.

Il fait coton/Jean-Marc Barrier

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II fait coton

corps décolle yeux fermés

se vit comme plaine

ou pente      consent

fontaines exténuées

lit de mes forces

cette présence pâle

l’emprunt des jours

ses bornes

ses brumes et ses patiences

il fait refus

le bel abandon

sursauts      aveux

je sais les revenances

quand le souffle s’essore.

Novembre/Irina Moga (Ontario, Canada)

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Je me rappelle
ton nom au mois de novembre
– glissando
des voyelles sans ancrage,
des feuilles rousses qui abritent tes passions
nos chuchotements dans la pluie
comme des messages courts
à l’intérieur des biscuits chinois
lus en cachette
sous la table
et qui n’ont pas de sens,
mais qui font,
comme l’automne,
peur et plaisir
à la fois.

photo Irina Moga

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Souvenirs au repos/Huguette Bertrand (Québec)

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video Miguel-Angel Real

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Tout passe
tout revient
mais vite oublié
par le soir qui penche
sans que le jour
n’aie pu garder
tous les mots
toujours les mêmes
sans laisser de traces
dans la dictée
que la vie a semée
dans chaque instant
du mouvement
sans mal ni peur
et sans reproche
pour ensuite laisser
errer le destin sur la page
des souvenirs au repos

29 octobre 2021

Ce sera comme un sommeil/Robert Notenboom

.

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Ce sera comme un sommeil

Dont peu à peu les rêves

Se seront retirés

Ce sera comme une mer étale

Par très beau temps

« LE TEMPS D’UN SEIN NU » aux éditions du Puits de Roulle

photo Anne Soy

Charles Akopian

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photo Charles Akopian

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Hé là ! bel automne aux joues roses

Te souviens-tu de cet été,

Quand mon bleu priait le ciel

De t’offrir un dernier sourire ?

Carole Mesrobian

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.

la substance du ciel s’étiole

dans une travée flamboyante

où s’estompe l’absinthe des veilles

un silence minuscule

accompagne l’inertie des années

tombées comme un tapis d’hiver

sur le feu des étés

©photo Marilyne Bertoncini

Le Grand acacia/Florence Dreux

.

©photo Florence Dreux

Hier encore
La vie
Dans le grand acacia
Aux mille voix
Aux mille plumes
Vertes
Offertes
Hier encore
Tu étais là
D’un battement de cils
Tu faisais tomber la nuit
Sur tant de beauté
Ce matin
Dans la lumière diffuse
Je t’ai trouvé nue
L’acacia s’était tu
Demain
Jadis
Aujourd’hui
Que savons-nous du temps profond ?
Dans un bouquet de feuilles
Des cheveux blancs
Et toi
Aussi libre
Éphémère
Qu’un coup de vent
.

Sous l’écorce
Déjà
Le bourgeon

Réni Koleva

.

 AUTOMNE

Le vitrail des ailes de la libellule

Reflète la douce lumière diffuse

De languissants rayons du soleil.

La vibration du vol de la demoiselle

Décroche la dernière feuille du saule.

Sa barque jaune flotte dans la rivière

Et emporte l’automne.

©photo Giancarlo Baroni

AUTOMNALE

Ayant caché dans ses entrailles

L’écu d’or du soleil,

Le nuage chevauche la colline

Et se glisse lentement vers le bas,

Diffusant la brume de la tristesse.

Elle pénètre

Nos vêtements,

Nos pores,

Nos pensées,

Et se fraye le chemin vers le cœur,

Où roulée en boule, doucement ronronne.

Aura d’automne/Minko Tanev (Bulgarie)

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Aура на есента

Aura d’automne

Червените листа на клена
и жълтите върху платаните –
в зеления ти поглед грейнали
с най-лъчезарните сияния.

Великолепна златна есен –
вихрушката ни завъртя
и стъпките отронват кестени
след двадесет и пет лета.

През паралелните вселени
и с порива към светла аура –
със стиховете си нетленни
Петрарка възкресил бе Лаура.

С венци от дъб и от маслина
посланията на доброто
прославят мъдростта, преминала
по пътищата на живота.

Les feuilles de l’érable rouges
et jaunes celles des platanes –
ibrillaient dans ton regard vert
de l’éclat le plus radieux.

Magnifique automne doré –
le vent nous faisait tourbillonner
nous écrasions des châtaignes en marchant
après vingt-cinq étés.

À travers des univers parallèles
et avec le désir d’une aura lumineuse –
de ses vers impérissables
Pétrarque avait ressuscité Laura.

Avec des couronnes de chêne et d’olivier
hauts messages du bien
ils glorifient la sagesse passée
sur les chemins de la vie

(traduction de l’anglais : Marilyne Bertoncini)

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Coloriage d’automne/Stoianka Boianova (Bulgarie)

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Есенни багри

coloriage d’automne

Листата огнени на клена

се носят плавно над земята,

понесени от палав вятър

със залеза да отпътуват.

Не иска да си тръгне слънцето,

небето грее в старо злато.

Над кехлибарен куп от царевица

мечтае рижото ми коте.

Лози възлизат върху хълма

с уханно медоносно грозде.

Загледала съм се след птиците

и с тях политам над планетата

към алено небе и слънце,

сред плодове, цветя и облаци –

да се прелея в есенната аура

с искряща хризантема над ухото.

Les feuilles ardentes de l’érable

flottent doucement sur le sol,

emportées par le vent mauvais

pressé de partir avec le couchant.

Le soleil ne veut pas partir,

le ciel brille d’un or ancien.

Au-dessus du tas de maïs ambré

rêve mon chaton roux

Les vignes grimpent sur la colline

avec leurs grappes au parfum de miel.

J’ai regardé les nuées d’oiseaux

et je vole avec eux au-dessus de la planète.

Vers le ciel écarlate, le soleil vivifiant,

parmi les fruits, les fleurs et les nuages ​​-

Je coule dans l’aura d’automne

un chrysanthème étincelant à l’oreille.

(traduit de l’anglais, par Marilyne Bertoncini)

Feuilles d’automne/Eva Petropoulou Lianou (Grèce)

oeuvre (huile sur toile) d’Emanuela Rizzo

Έχετε δει

Feuilles d’automne


Πως αλλάζει το χρώμα, στα δέντρα λόγω των φύλλων, όταν το φθινόπωρο ακολουθεί την άνοιξη
Οπως ένα χαμόγελο , που εμφανίζεται δειλά δειλά σε ένα πρόσωπο..
Ενα φως ξεπροβάλλει

Το πράσινο χρώμα γίνεται καφέ,
Μετα κιτρινίζει..

Τα φύλλα του φθινόπωρου, μου θυμίζουν μια εφηβική καρδιά, που ερωτεύτηκε για πρώτη φορά…

Πεταλούδες να ανεβοκατεβαινουν στο στομάχι
Τα πουλιά κουρνιαζουν στα δέντρα.

Φύλλα φθινόπωρινα,
Αναμνήσεις που θα χαθούν κάποτε για πάντα…
Φύλλα φθινόπωρινα,
Λόγια που δεν ειπώθηκαν ποτέ, ανάμεσα σε ένα ντροπαλό ζευγάρι.

Φύλλα φθινόπωρινα,
να πέφτουν στη γη,
Οπως τα αστέρια,
Κάθε φορά που μια ευχή
Γίνεται αληθινή.

Φύλλα φθινόπωρινα


As-tu remarqué
Combien change la couleur
Des arbres, de l’été à l’automne

Comme un visage qui essaie de sourire..
Une lumière apparaît

Le vert brunit un peu
puis jaunit

Les feuilles d’automne m’évoquent la mélancolie adolescente
Du premier amour

Papillons dans le ventre
Oiseaux dans les arbres

Feuilles d’automne, chargées de souvenirs qui s’effaceront,
Feuilles d’automne, les mots inexprimés par un couple gêné…

Les feuilles d’automne tombent comme les étoiles lorsqu’un souhait se réalise.

(traduction de l’anglais : Marilyne Bertoncini)

Octobre en Amérique/Pankhuri Sinha (Inde)

©photo Marilyne Bertoncini

.

October in America 

Octobre en Amérique

Leaves shed

Food made and stored 

For the approaching winter 

The dear old , apple tree 

Is done with photosynthesis!
.

Brown branches saying 

Good bye to the dry leaves 

Flying away in the wind

Gathering pace and chill! 
.

Peaches plucked 

Sweetness lingered in the air 

Soon, the ground will be white 

Icicles dancing from the trees 

Temperatures  could tear your skin 

Like polar bear and the puma! 
.

But, wait, not yet !

Behold , the fall is still here!

The old man oak is golden 

Like nothing else can ever be! 

Shining in the sunset 

Where the red of maple 

And birch, and poplar 

And so many more 

Stand basking 

In a glory eternal! 
.

Dear motherland of adopted 

Paperwork!

Why did you banish me 

Like a stepchild unwanted ?
.

I remember and celebrate 

The beauty of your fall colours! 

No where has autumn 

Such splendour ! 

Pankhuri Sinha dit October in America

Les feuilles sont tombées

Les aliments tout prêts et rangés

Pour l’hiver qui approche

Le cher vieux pommier

en a fini avec la photosynthèse !
.

Les branches brunes disent

Adieu aux  feuilles sèches

S’envolant dans le vent

Prenant de la vitesse, et du froid !
.

Les pêches étaient cueillies

La douceur flottait encore dans l’air

Bientôt, le sol serait blanc

Des glaçons se balançant aux branches

Le froid pourrait t’arracher la peau

Comme l’ours polaire et le puma !
.

Mais attends, pas tout de suite !

Regarde, l’automne est toujours là !

Le chêne centenaire est d’or

Comme rien d’autre au monde !

Il luit dans le couchant

Où le rouge de l’érable

Et le bouleau et le peuplier

Et tant d’autres

Baignent

Dans une gloire d’éternité !
.

Chère patrie des adoptions

bureaucratiques !

Pourquoi m’as-tu banni

Comme un bâtard non désiré ?.

Je me souviens et je chante

La beauté de tes couleurs d’automne !

Nulle part ailleurs il n’a

Une telle splendeur !

(traduction Marilyne Bertoncini)

Plus longtemps que prévu/Marc Ross

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L’oiseau se pointe encore en ombre travestie

L’érable dénudé fournit la partition

semble échapper au désespoir enraciné

Le vent d’automne dirige une œuvre magistrale

les feuilles agonisantes retrouvent le goût de vivre

s’attardent sur ma tête plus longtemps que prévu.

©photo Marc Ross

Passagère de l’instant/Brigitte Broc

.

.

Passagère de l’instant,

je vais, le front ceint d’hirondelles,

les mains pleines d’été,

au-devant du poème.

Me frayant un chemin

dans le jour alenti,

je frôle tous les sangs,

les extirpe de l’oubli.

Ruissellement d’odeurs familières,

clapotis de courbes en ombelles,

l’immensité voyage dans le corps de la femme,

les mots sont ses lèvres

qui veulent tout goûter.

Capiteuse, la langue s’insinue,

effleure ventre et voyelles,

remonte le courant,

abolit le temps,

invente un vieux soleil.

Passagère du poème,

je vais,

jusqu’au bout de la page,

jusqu’au bout de la nuit.

J’ai rendez-vous,

sur des cimes sans âge,

avec l’oiseau de feu.

Je le connais,

j’ai habité son chant.

Je ne peux plus mourir.

©photo Marilyne Bertoncini

.

Bonheurs d’une feuille d’automne/Elizabeth Guyon-Spennato

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幸福的秋葉

秋日來了  好時光

老天幫我化妝

又綠又紅又黃

未來會光芒萬丈

可愛的小樹葉

妳特別美

秋日來了  有希望

不會留在樹上

今日的風很狂

好神奇 我在飛翔!

勇敢的小落葉

不想告別

Bonheurs d’une feuille d’automne

Voilà l’automne   Moment heureux

Le Ciel m’a maquillée

De vert de rouge de jaune

L’avenir s’annonce radieux

Gentille petite feuille d’arbre

Tu es si belle

Voilà l’automne  Et j’ai l’espoir

De ne pas rester sur cet arbre

Aujourd’hui le vent souffle fort

C’est un miracle   Je vole !

La brave petite feuille morte

Ne veut pas dire adieu

Petite feuile d’automne – ©photo Elizabeth Guyon-Spennato

Albertine Benedetto

.

Il ne voit pas

tout le chemin depuis la forêt

la promenade lente à regarder

les couleurs de l’automne

le geste de se pencher vers

cette feuille-là

la prise délicate des doigts

pour ne pas briser les nervures

toute l’architecture qui fait tenir

la feuille dans la main

puis le livre qu’on ouvre

la feuille déposée

pour que le temps passe

il ne voit pas

tout ce que la feuille abandonne là

entre les mots

les frôlements du vent

la causerie des oiseaux

les petits marteaux de la pluie

staccato jusqu’à se fondre

dans la chanson de l’eau

retrouver le vert originel d’avant

la déchirure des eaux

puis l’élan

vers la lumière

une histoire invisible

retenue dans les pages de l’air

un temps

qui s’oublie parmi les lignes du livre

palimpseste

ni le geste qui relie

le livre à la forêt

le pinceau qui enlumine la feuille d’or

ce que je vois dit-il

c’est une feuille morte

il ne voit pas encore

les métamorphoses de la mort

.

.

Le Jour fatigué/Susy Desrosiers (Québec)

.

fatigué
le jour capitule
la brunante étreint
le paysage sauvage
derniers effluves
de nos rendez-vous diurnes

le temps pleurniche son serein

des arbres rachitiques
montent la garde
de cette nature
bouffie d’orgueil de son reflet sur le lac

les flots grelottent
dernier frisson
avant que le vent rageur
ne s’étouffe

le moulin à images ralentit
le labeur s’avoue vaincu
demeurent quelques soupirs

débute le concert primal

badaude de la vie nocturne
infidèle
je courtise
dare-dare
l’aube prometteuse

.

lac Grosse-Pierre dans la région de la Mauricie au Québec) ©photo Susy Desrosiers

Fleuves et feuilles/Marie Faivre

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Lorsque son corps de feuille

sous les chaussures des passants,

         devient meurtri dans ses nervures

elle commence à douter

Sur la berge du fleuve

sa soif de voyage, où est-elle passée ?

Une rafale de vent la soulève de terre,

Feuille squelettique,  elle flotte sur l’air

Quand elle retombe sur l’eau,

ses craquelures ne font plus de bruit.

Elle voit des fleurs

au fond du fleuve,

des arbres, des prairies, des oiseaux

Il fait froid

dans  Ies couleurs chaudes

de sa robe d’automne

Elle sent sa charpente se disloquer

Parfois, elle ressent la lumière

Il fait soleil dans l’eau

Souvent, d’autres feuilles

voyagent avec elle

Si un obstacle les arrête

elles s’alignent en formation

sur le ciel liquide

En flottaison, elle respire

de toutes ses cellules

Corps froissé, douloureux,

Douleur de feuille devenue femme

Elle avance en somnambule

vers le gouffre qu’elle ne voit pas.

La chanson de l’eau

fait naître autour d’elle

le pépiement des nids au printemps

Les bruits de son enfance la traverse

les odeurs de la maison de son arbre

Odeurs de la forêt qui l’a bercée

Il y a ce  flottement étrange

Il y a la joie d’être là

Il y a ce bercement qu’elle reconnaît

Une libellule se pose sur son dos,

s’envole aussitôt

Il y a la force du courant

la joie d’être là.

Il y a les oiseaux,

Autour d’elle,

les petits bruits du printemps.

les gargouillis de l’eau

Lentement,

les petits bruits s’éloignent

Sur  l’eau glacée d’octobre,

elle s’est endormie.

©photo Marie Faivre

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L’Instinct de l’instant/Patrick Joquel

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l’instinct de l’instant

le lac à tâtons miroir

l’instant de l’instinct

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Marilyse Leroux/Isabelle Baudelet

.Éphéméride ou cette disposition à capter l’instant aussi fugace que la lumière, cette attention portée, jour après jour, à ce qui survient.

Pour Isabelle

Nous n’avons pas fini

d’égrener les arbres

Ce matin l’œil les saisit

dans un tout qui avance

ici dit la route.

(Marilyse Leroux, Instantané, 29/10/21,sur la photo d’Isabelle Baudelet)

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Voglio una notte/Filippo Papa (Italie)

©photo Marilyne Bertoncini

Voglio una notte…

una città eterna

luci accecanti

balli e sogni

emozioni forti

sguardi indelebili

attimi forti

gesti sfuggenti.

Voglio una notte

per assaporare l’infinito

e perdere il senso del tempo.

Voglio una notte

dove non aspetti il giorno.

Je veux une nuit…

une ville éternelle

lumières aveuglantes

danses et rêves

émotions fortes

regards indélébiles

moments forts

gestes insaisissables.

Je veux une nuit

pour goûter l’infini

et perdre la notion du temps.

Je veux une nuit

où je n’attende pas le jour.

(traduction de Joan Josep Barcelo)

Joël Dely

©photo Marilyne Bertoncini

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Tout l’espace scintillait alentour.
Les doigts engourdis de l’automne
Semaient sur les feuillages endoloris
Le crépitement de l’or pur du soleil.

Dans l’air encore humide
Des rosées transpirées de la nuit
Je glissais mes pas dans la lumière secrète
Des vallons et des monts venus à ma rencontre.

Ma peau enlacée à ces mondes silencieux,
Recevait le chant des arbres , encore
Debout en équilibre entre l’été et l’hiver.
Troncs fiers et magnanimes,
Prêts à mourir une nouvelle fois aux regards,
Lançant en offrande suppliantes
Leurs dernières flammes vers le ciel,
Avant d’aller blottir leurs racines
Sous l’écharpe silencieuse de l’hiver.


Ci sono giorni…/Giovanna Iorio (Italie,GB)

©photo et vidéo : Giovanna Iorio

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Ci sono giorni in cui non riesco a scegliere. Non riesco a scegliere quale maglia indossare. Apro l’armadio e tutto mi sembra indistinto, una matassa di colori e tessuti. E ci sono giorni in cui non riesco a fare la spesa. Cammino smarrita tra le corsie del supermercato e mi sembra tutto un enorme prodotto che tenta di afferrarmi le mani. E ci sono giorni in cui non riesco a leggere. Ci sono troppi libri che non ho letto, riviste che urlano « aprimi », file da scaricare, email da leggere. E allora esco, vado fuori di casa a vedere le cose, una alla volta. Una foglia. Una foglia alla volta. Non l’albero, non la chioma che parla e mi confonde con il suono di mille voci. Una foglia sola. Che cade. O è già caduta. E il sole. Un raggio di sole alla volta. Uno  su ogni cosa. E così anche le parole tornano. Una ad una. Una alla volta. Una parola su cui sdraiarsi a contemplare il nulla il cielo una foglia.,

Il y a des jours où je suis incapable de choisir. Incapable de choisir le T-shirt à porter. J’ouvre l’armoire et tout me semble indistinct, un écheveau de couleurs et de tissus. Et il y a des jours où je suis incapable de faire les courses. J’erre dans les allées du supermarché et tout me semble un immense produit qui tente de me saisir les mains. Et il y a des jours où je suis incapable de lire. Il y a trop de livres que je n’ai pas lus, de magazines qui hurlent « ouvre-moi », de fichiers à télécharger, de courriels à lire. Alors, je sors, je sors de la maison pour voir les choses, une par une. Une feuille. Une feuille à la fois. Non pas l’arbre, pas la couronne qui parle et m’embrouille avec le son de mille voix. Une seule feuille. Qui tombe. Ou est déjà tombée. Et le soleil. Un rayon de soleil à la fois. Un, pour chaque chose. Et c’est ainsi que les mots reviennent à leur tour. Un par un. Un à la fois. Un mot sur lequel on s’étend pour contempler le rien le ciel une feuille.

Sainte/Tatiana Gerkens

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Immobile

Saignée de silence

Son visage est une prière
dans l’écume
du jour qui se lève

Chaque caresse 
de bourgeon 
éveille sa poitrine de feu

Les feuilles de l’automne
sont des oiseaux
de joie
où l’enfance se blesse en riant

Le marbre de ses lèvres
flamboie d’une folie
qui se veut promesse

Une couleuvre
chute
du ciel
à ses pieds frappés
de lumière

Et lui dessine un sourire 
d’éternité

.

.©photo Tatiana Gerkens

Anima italiana/Joan Josep Barcelo (Espagne)

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anima italiana

il sangue rosso che scorre nelle mie vene
ha ancora il profumo di terra umida di quelle innevate montagne
ho ancora gli occhi del colore della nebbia e del mare
e nella mia pelle rimane inchiodata una lontana memoria
che mi dice che forse sono diventato un altro
anche io sono nato e cresciuto in una terra strana
sono figlio di una calma nascosta senza parole
e ritorno sempre alle mie origini come un uccello
che canta nel cielo allo splendore della vita
sono un bambino che non ha dimenticato che il suo cuore
batte con quella forza che viene dal sole e dalla luna
io ho l’anima italiana perché appartengo al tempo
di quelle anime che non muoiono mai

âme italienne

le sang rouge qui coule dans mes veines
a gardé le parfum de terre humide de celles montagnes enneigées
j’ai encore les yeux de la couleur du brouillard et de la mer
et dans ma peau reste cloué un souvenir lointain
qui me dit que peut-être je suis devenu un autre
même si je suis né et j’ai grandi dans un pays étrange
je suis fils d’un calme caché sans mots
et je retourne toujours à mes origines comme un oiseau
qui chante dans le ciel à la splendeur de la vie
je suis un enfant qui n’a pas oublié que son cœur
bat avec cette force venue du soleil et de la lune
j’ai l’âme italienne parce que j’appartiens au temps
de ces âmes qui ne meurent jamais

(traduction de l’auteur)

©photo Marilyne Bertoncini

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Chantal Godé-Victor

.

J’étais un enfant portant
sur le front les inflorescences tentantes
d’une fleur inconnue encore
élancée sur sa tige lente
à pousser

.

Mes racines étaient trop jeunes –
Qui songeait à faire bouger les montagnes ?
Un apôtre nouveau peut-être
une tête remplie d’une quête, une rumeur
venue d’Ephèse qui aurait battu la campagne.
J’étais jeune et pourtant déjà
je sentais qu’un jour certain
le monde se prosternerait à mes pieds.
Des jeunes filles au cœur en or poseraient sur ma tête en feu
une couronne de lauriers et allumeraient
devant moi des feux comme à la Saint-Jean.
Je ne connaissais en ce temps
que les blancheurs de l’hiver…
.

Chantal Godé-Victor, dessin au pastel

L’Enigme des ruines (extrait)/Wilfrid Mounguengui

.

Je partirai en portant sous le bras mon ciel mes oiseaux et les fleurs du printemps 
La route sera un long sillon qui fissure la nuit 
Je partirai pour la ville comme le fleuve à la mer
Jeté dans l’immensité
Avant cela je voudrais encore regarder par la fenêtre l’ombre des arbres dans la nuit diaphane
Cueillir les étoiles posées sur les branches des hêtres 
Rêver devant la lune
Et le feu qui me murmure que la vie tient dans l’instant 
Ni demain ni ailleurs debout sur la brèche 
J’ai immolé le futur pour boire dans la source qui coule de tes mains de ton nuage

.

Je ferme les portes de la nuit
Les étoiles étaient douces hier
Douceur de tes mains sur ma peau nue
Croire seulement aux ponts entre nos regards
Après l’effondrement du monde
Je n’ai gardé que la route
Ficelle entre les lieux et les amours
Elle seule sait le battement de ton cœur et l’éclat miraculeux de chaque instant que nous vivons
Accepterons-nous jamais
Seul l’éphémère nous appartient
Toute attente nous vide de la lumière
Nous brûlons
Vanités au bûcher des promesses
Au bout de cette route tes baisers

(extrait du Recueil  L’Énigme des ruines  de Stève Wilifrid Mounguengui, paru aux Éditions La Kainfristanaise en mars 2021)

Muriel Verstichel

.

.

Rideaux tirés sur l’été
Octobre adresse le dernier mot
Au feuillage des vignes
Dernier sang avant la nudité

Il pleut du rouge écarlate
Près des labours à deux pas
De l’ancienne maison
Où plus jamais nous n’entrerons

©photo Muriel Verstichel

L’albero/Emanuela Rizzo (Italie)

.

L’albero

Sai,
ho visto cadere
le mie più belle foglie÷
rosse, di un rosso scarlatto,
ancora verdi,
di un verde smeraldo,
gialle, che sembravano
pepite d’oro.
Io non potevo
raccoglierle,
avevo un rigido tronco
e radici da far sopravvivere.

L’arbre

Vois-tu,
j’a vu tomber
les plus belles de mes feuilles
rouges, d’un rouge écarlate,
encore vertes,
d’un vert émeraude,
jaunes semblables à
des pépites d’or.
Moi, je ne pouvais pas
les ramasser,
j’avais un tronc trop raide
et mes racines à protéger.

(trad. Marilyne Bertoncini)

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©photo Giancarlo Baroni

Feuilles d’automne & Desseins d’automne/ Kitty Su (Luo Fu – Taiwan)

《秋葉》

文/洛    芙(台灣)
譯/黃敏裕(台灣)


哭似的秋葉
搖墜紛凜

似你的心
我的眼
我的淚淋
他的心埋

望天一盞的月牙遙寄我心
聽秋夜的蟬鳴
又一盞風高氣爽


(2021年11月2日 第一修正版)

Elles pleurent, en automne, les feuilles

chancelantes, indécises  dans leur chute désordonnée

Et de même, dans ta tête

mes yeux,

ma fontaine de  larmes

dans la tombe de ton coeur

Regarde haut dans le ciel, le  croissant de la lune a délivré mon coeur

J’écoute les cigales dans la nuit automnale

et contemple la lune,

toujours plus claire et lumineuse.

(adapté d’après la version anglaise de Morris Huang, par Marilyne Bertoncini)

*

文/洛    芙(台灣)
譯/黃敏裕(台灣)


《秋意》

有些印象,
感覺它好像就要回來了,
有些光景,
卻也仍然感覺像在失落。

失意、愛意,
像是搖曳在風中的風鈴,
停留和擺盪在風間中的飄逸。

秋意它雖然無聲無息,
卻可留住地球的轉動。
飄浮湖畔盪漾的淚水,
依稀亦能讓地球感動。

Il semble que reviennent

certaines sensations,

Quelques scènes,

Et il semble pourtant que le temps passe encore.

Dépouillement et joie,

Comme une carillon agité par le vent,

suspendu là qui avec grâce se balance.

Malgré son silence,  l’automne,

peut sans cesse faire tourner la terre.

Les larmes comme les ondes en  surface du lac,

peuvent elles aussi aussi mouvoir la terre.

(adapté d’après la version anglaise de Morris Huang, par Marilyne Bertoncini)

Intacto/Mariela Cordero (Venezuela)

.

Intacto.

Años como hojas que caen en una sucesión incontable de ocasos
el olor de los primeros florecimientos amenaza con evaporarse,
pero tu faz no fue presa de la devastación
tu cara no fue liquidada por la mano absoluta del tiempo
como la ola aniquila signos escritos en la arena.

Tu semblante no se eclipsó para revelar alguna monstruosidad oculta,
respirando detrás de la apariencia esplendente.
La hilera interminable de desencantos no conquistó tu rostro
ni lo habitó en un conjunto inconexo de muecas ácidas.

Tu piel helada de tanto amanecer y anochecer
no mitigó el incendio de tu divinidad.
Te has alzado como una bandera incólume
                                             sobre los escombros del gozo
No eres una ruina que camina, has resistido
como embriaguez indestructible
rasgos macerados convertidos en pócima milagrosa,
eres la belleza
              que sabe transfigurar.

Intact.

Des années comme des feuilles qui tombent dans une succession innombrable de déclins.
le parfum des premières floraisons menace de s’évaporer,
mais ton visage ne fut pas la proie de la dévastation
ton visage ne fut pas liquidé par la main absolue du temps.
comme la vague anéantit les signes écrits sur le sable.

Ta figure ne fut pas éclipsée pour révéler une monstruosité cachée,
respirant derrière son apparence splendide.
L’interminable rangée de désillusions ne conquit pas ton visage.
ni ne l’habita dans un ensemble incohérent de grimaces acides.

Ta peau gelée par tant d’aubes et de crépuscules
n’atténua pas le feu de ta divinité.
Tu t’es élevé comme un drapeau indemne.
                                             sur les décombres de la jouissance
Tu n’es pas une ruine qui marche, tu as résisté…
comme une ivresse indestructible,
des traits macérés transformés en une potion miraculeuse,
tu es la beauté
              qui sait transfigurer.

(traduction Miguel-Angel Real)

©photo Marilyne Bertoncini

Trésor caché/Rezzaudin Staline (Bangladesh)

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ঝরাপাতাদের স্মৃতি 

পথে পথে দীর্ঘশ্বাস ছড়িয়ে রেখেছে

কবেকার হারানো হৃদয় 

খুঁজে পেতে চায়  কবির আবেগ

আকাশে আকাশে যদি পাওয়া যেতো

অনেক স্বপ্ন আর আগুনের তারা

শরতের হাতে হাতে ফুটে উঠতো সবুজ পাতারা

যদি চাঁদ ফুটপাথে পেয়ে যেতো এক মগ কফির আশ্রয় 

তার চেয়ে সুখি কেউ হতো না জগতে



হলুদ পাতার মুখে নীল ট্যাটু একেঁছে

হতাশা

মেঘের চুড়ায় বিষাদের বাড়ি থেকে

খালি পায়ে ঝরা পাতা আসে

পিঁপড়ের  মিছিলে হাঁটে শোক আর স্মৃতি

বদলে যায় শিশিরের গতি 

ট্রেনের কানের কাছে শরতের

নাতি -নাতনিরা পিতা সূর্যের খোঁজ নিতে চায় -তারা ভাবে

কোথাও রয়েছে জমা উত্তরাধিকার

গুপ্তধন পুতে রেখে গিয়েছে দাদিমা

সে গল্পে শরতের চোখ জ্বলে ওঠে 

কোথাও বিনম্র দিন উত্তপ্ত পানীয়ের

বোতলে বন্দী 

কোনো কবি বিহ্বলতা বিক্রি করে

কিনে আনে নিষিদ্ধ বসন্তের বই

 .

Souvenirs de feuilles qui tombent

  Soupirs abandonnés le long du chemin

  Le cœur perdu de Kabekar

  Le poète veut le connaître

  Si seulement il était dans le ciel

 Avec  l’infinité des rêvesd’étoiles de feu

  Les feuilles vertes jadis fleurissaient en automne

 O Si la lune avait trouvé un bol sur le trottoir

  Nul au monde n’aurait été plus heureux que lui

.

.

.

  Tatouages bleus sur des feuilles jaunes

Détachement

  Depuis la maison triste jusqu’au sommet des nuages

  Les feuilles tombent sur les pieds nus

  Du deuil et du souvenir qui accompagnent le cortège des fourmis

  La rosée vient plus vite

  On entend le train d’automne

  Les enfants veulent trouver le père du soleil – ils pensent

 qu’ un héritage les attend quelque part

  L’aïeule a laissé à Pute le trésor caché

  Les yeux de l’automne s’illuminent à ce conte

  du prisonnier

  Captive dans une  bouteille

Un poète dispense des merveilles

  Ayant acheté des livres au printemps.

(traduit de l’anglais : Marilyne Bertoncini)

©photo Giancarlo Baroni

Bedraggled-Débraillés/Patrick Williamson

.

Bedraggled

.

Débraillés

A home once for roaming beggars

cracking twig, scuffling through,

the snuffles of creatures who take

no notice of you and scurry on.

Here, nobody to the busy busy men

bent & intent on their way back,

not stopping to admire velvet cloaks,

trampled they are, when down

Jadis un foyer pour des vagabonds

brisant des branches, se querellant,

les frissons de créatures qui vous

ignorent et déguerpissent.

Ici, rien pour ceux qui travaillent vraiment

et rentrent courbés & concentrés,

sans s’arrêter pour admirer les manteaux de velours,

piétinés, abandonnés.

Vie et mort des magnolias/Marilyne Bertoncini

Di_versi assenti. Un requiem/ Adriano Engelbrecht (Italie)

.

« di che tempo è fatto questo tempo fermo? »

photo : Giancarlo Baroni

Il giardino è morto.

Assiderato il silenzio.

Non poté che essere inverno.

Timide gemme bocciano incolte

schiudono al pianto

lacrima un canto

di un lento gocciare

e cadono l’ore – giù- giù

El jardín està muerto.

Helado el silencio.

Solo podría ser invierno.

Tímidas yemas rechazan incultas

eclosionan al llanto

lágrima un canto

de un lento gotear

y caen las horas – abajo – abajo

(trad. en catalan, Joan Josep Barcelo)

le jardin est mort.

Silence sidérant.

Quoi d’autre que l’hiver.

De timides bourgeons s’ouvrent incultes

éclosent en larmes

pleurent une chanson

d’un égouttement lent

et tombent les heures – toujours plus bas.

(trad. en français, Marilyne Bertoncini)

Composition n. 46/ Lucius Bloemen (Pays-Bas)

Lucius Bloemen, Compositie nr. 46 (nov. 1997), acryl op linnen, 80 x 100.

.

Ton doigt impatient/Cécile Bajard

.

ton doigt impatient
effeuille l’automne
passant sans les voir
la Saint Martin, Alcyone
fille d’Eole
et son frère l’autan noir,
les pléiades du soir
vents solaires et tempêtes
bréviaire de poète

.

c’était l’été hier
tes soupirs au carreau de pluie
égrènent  tous les saints
jusqu’ à l’avent
avide de demain
la main cajole
la nervure glissée si fine
sèche et frivole
entre les lignes d’encre
précieuse poussière,
cendre d’escampette

©photo Lydia Belostyk

l’an neuf se fiche d’hier
ses rides, ses prières
tu te lèves brusquement
chercher ton épuisette
à firmament
pour chasser l’éphémère.

©photo Lydia Belostyk

2 poèmes bilingues/Max Mazzoli

.

.traduction française : Marilyne Bertoncini

traduction française : Marilyne Bertoncini

Sandrine Davin /Adelin Donnay

.

Encre et lumière : trois tanka/Sandrine Davin

.

quelques clous rouillés

sur un coin de l’établi

fleurissent à mes yeux –

pendus aux silences

les souvenirs grognent

.

morsure d’hiver –

dans le silence des pierres

les ombres rongent

la rouille d’un ailleurs

transpercé de feu et de glace

.

au creux des pierres

les silences bâillonnent

le bruit de l’aube

où les étoiles d’hier

déchirent la toile obscure

.

Grégory Rateau

©photo Lydia Belostyk

.

.

Vivre dans l’attente
En « homme qui penche »
Refaire sans cesse le même chemin
Jusqu’à inverser l’ordre des jours
Et dans un éternel retour
Remiser toute espérance
Puiser dans l’absence
Les élégies des temps futurs

Fugacité/Miguel Ángel Real

.

©photo Lydia Belostyk

Marlene Pasini (Mexique)

El viento



Crece poco a poco,
abre y cierra
la telaraña estelar del tiempo.

Circunda todo,
lo ahonda con su oleaje
profundo y fragante,
con la sinuosidad de su espesura cristalina.

Es un huir ambiguo y misterioso
un despliegue de ocultos ritos
hacia el umbral entrañable.



En su canto transparente
ondulan hojas y pájaros ámbar,
desde su senda
el tiempo pasa y desafía,
se extiende incisivo
sobre la calma…

Evoca voces de lejanas tierras


todo se inunda de sus secretos,
todo queda cubierto de una suave
ensoñación etérea.
Un sumergirse por enjambres de luz.


Es la danza profusa de los ramajes
sobre la tarde,
la vida viaja por sus puentes imprecisos sin fin.

Le vent

Grandit peu à peu,
il ouvre et il ferme
la toile d’araignée stellaire du temps.

Il entoure tout,
il creuse tout avec ses vagues
profondes et fragrantes,
avec la sinuosité de son épaisseur cristalline.

C’est une fuite ambiguë et
mystérieuse
un déploiement de rites occultes
vers le tendre seuil.


Dans son chant transparent
des feuilles et des oiseaux d’ambre ondoient,
depuis son sentier
le temps passe et nous défie,
il s’étend, incisif,
sur le calme…
Il évoque des voix de terres lointaines


tout est imprégné par ses secrets,
tout reste recouvert d’une douce
rêverie éthérée.
Une plongée dans des nuées de lumière.

C’est la danse profuse des branchages
sur le soir,
la vie voyage sur ses ponts
imprécis et sans fin.

traduction Miguel Ángel Real

Villa n.24/Mathura (Estonie)

Dry leaves in Estonia ©photo Gili H

Now summer is gone
And might never have been.
In the sunshine it’s warm.
But there has to be more.
– Arseny Tarkovsky

These days I keep on pacing

the empty corridors and empty rooms of an empty house

that once teemed with life. But if you asked me

how long I have been here or with whom, I wouldn’t know;

I wouldn’t even know if I’m still in this world or some other.

Memories peel off from the walls like paint

no longer able to resist time’s incessant damp. Sometimes in desperation,

I thumb through diaries and look for names.

Joseph, Sigmund, Nicolae…? I can’t remember.

But surely there must have been someone here

who tried to cure his malady of barren dispositions,

someone who strolled ever so importantly

up and down the hill on Main Street.

No longer. Ceilings fall in, rain conquers all

and the subconscious trickles in through

the roof of the mind, leaking into the reality

around us where a fin de siecle is also

fin d’un idéed’un rêve.

It is no wonder then that where

there once was Speranza, there is now

only a “do not enter” sign,

and a bar around the corner where no visitors

will dare to stick around.

Sometimes even hopes come true

as decay brings blissful calm –

it grows and grows until it covers the Earth

like an all-exalting undergrowth

or melancholy.

Maintenant l’été est fini
Et pourrait n’avoir jamais été.
Au soleil, il fait chaud.
Mais il faut davantage.
– Arsène Tarkovski

Ces jours-ci, je fais les cent pas

dans les couloirs vides et les pièces vides d’une maison vide

autrefois grouillante de vie. Mais si tu me demandais

depuis combien de temps j’y suis resté  ou avec qui, je ne saurais pas ;

Je ne saurais même pas si je suis toujours dans ce monde ou dans un autre.

Les souvenirs se détachent des murs comme de la peinture

incapable de résister à l’humidité incessante du temps. Parfois, de désespoir,

Je feuillette mes carnets  et je cherche des noms.

Joseph, Sigmund, Nicolae…? Je ne me souviens pas.

Mais il devait sûrement y avoir quelqu’un ici

qui essayait de guérir sa maladie d’humeur stérile,

quelqu’un qui allait et venait d’un air fort important

sur la colline de Main Street.

Plus maintenant. Les plafonds s’écroulent, la pluie gagne tout

et le subconscient s’infiltre peu à peu

sous le toit de l’esprit, s’épanche dans la réalité

qui nous entoure,  où une fin de siècle est aussi

une fin d’une idée, d’un rêve.

Il n’est donc pas étonnant que là où

jadis était  Speranza, il y ait maintenant

juste un panneau « ne pas entrer »,

et un bar au coin de la rue où aucun visiteur

n’oserait s’attarder.

Parfois même les espoirs se réalisent

quand le déclin apporte un calme bienheureux –

il grandit et grandit jusqu’à couvrir la Terre

comme un sous-bois sublimant tout,

ou la mélancolie.

trad. Marilyne Bertoncini

T.A Beach in winter – ©photo Gili H
Spring is coming – ©photo Gili H

Leaves/Gili Haimovich (Israel)

©photo Marilyne Bertoncini

You are going to leave me, naturally, just like

Leaves leaving the tree,

Lightly, mutely, notedly

Just because our hours of light have gotten too short.

In order to mourn you,

I will take a leave of absence during one full season.

Then the spring will force me

To show my buds again.

Tu t’en iras, naturellement, tout comme

Les feuilles se congédient de l’arbre,

Légères, silencieuses, perceptibles seulement

Parce que nos heures de lumière sont devenues trop courtes

Pour porter ton deuil,

Je prendrai un congé d’une saison complète.

Puis le printemps me forcera

A faire éclore de nouveaux bourgeons.

traduction Marilyne Bertoncini

Jacques Guigou

.

Comme luit la châtaigne
au sortir de sa bogue
flamme et fauve fondus
pour un amour d’automne
et négation de l’art
surgie d’on ne sait où
la fuite d’un renard
pour célébrer le roux

©photo Marilyne Bertoncini

Cadono in fretta le foglie/Luca Ariano (Italie)

.

A quelques secondes d’intervalle : Hiver – ©photo Lydia Belostyk

.

Cadono in fretta le foglie

della magnolia, venti repentini

a portare un’altra stagione.

In fondo un anno dopo

vicende vissute ma senti

il suo profumo sul cuscino

e capelli biondi tra lenzuola

ritrovati a ricordare il vostro tempo.

Si allungano ore di lancette

ma la primavera per voi iniziò

in quell’inverno di un bacio atteso,

lungo quaresime di guerra.

Forse con tua nonna l’ultima volta

una messa di Palme… preghiere

nel vuoto, nell’umido di una risaia.

I riti pasquali un altro decennio:

sapevi sarebbe finita

– eppure speravi – come terminarono

regni di barbari predatori.

Di quei Vandali l’onta di saccheggi

e dopo Genserico capitolarono all’arrivo di truppe bizantine

.

Elles tombent vite les feuilles

du magnolia, des rafales de vent

portent une autre saison.

Au fond, un an après

les événements vécus mais tu sens

encore son parfum sur l’oreiller

et des cheveux blonds entre les draps

te rappellent ce temps-là.

Les heures passent lentement

mais le printemps pour vous avait commencé

dans cet hiver d’un baiser désiré,

long carême de guerre.

Peut-être avec ta grand-mère la dernière fois

une messe de Pâques … les prières

dans le vide, dans l’humide d’une rizière.

Les rites de Pâques une autre décennie :

tu savais que cela  finirait

tu espérais pourtant – comme finirent

les royaumes des barbares prédateurs.

De ces Vandales, pillards sans vergogne

qui après Genseric capitulèrent

à l’arrivée des armées byzantines.x

trad. Marilyne Bertoncini

.

Poémier/Colette Daviles-Estinès

.

Je pense

un instant vécu

Je l’écris

Je pense l’instant écrit

c’est un autre vécu

Je l’écris aussi

Une histoire enchâssée dans l’histoire

un arbre ramifié

Poèmier

©photo Marilyne Bertoncini

.

Eva-Maria Berg (France-Allemagne)

.

©photo Ghislaine Lejard

dans un monde moribond

avant la dernière saison

s’enflamment les feuilles

dans les yeux

aux couleurs criardes

qui rappellent la vie

bientôt pâle et déserte

pour en garder

le souffle invisible

A quelques seconde d’intervalles/ Lydia Belostyk

Printemps, été, automne

.

L’obsession du temps traverse la photographie de Lydia Belostyk.
Une voiture, un appareil photo… La Bourgogne au fil des saisons…

Les clichés sont pris en voiture à quelques secondes d’intervalle. Et c’est une rencontre inattendue de la modernité et de la peinture de paysage qui interroge notre lecture de l’image.

« 12h15 » 59 secondes avant 12h16

Chaque jour, l’artiste s’arrête à Midi et Quart et compose avec ce qui l’entoure. Cette heure située hors des contingences sociales du matin et de l’après-midi permet une halte dans la course du temps, avec une lumière au rendez-vous…

Autant de captations de la temporalité, entre éphémère et éternité.

.

©photos Lydia Belostyk

.

Nasses d’automne/Hoda Hili

tes caresses ignées

sur mon corps

sumac d’automne

.

quand m’aimeras- tu

à la douce flamme

d’une chandelle ?

.

la flamme promet

si fort

de renaître

.

quand la neige vient comme

effacer les tapis de feuilles

en camaïeux de plaies

.

qu’elle étreint

de nos silences

tes incendies

« Lucéram, automne », ©photo Hoda Hili

.

Couleurs d’automne/Ghislaine Lejard

.

.

Calames dans le jardin

sur la page du ciel

une calligraphie de silence.

Ghislaine Lejard

©photo Ghislaine Lejard
©photo Ghislaine Lejard

.

Dans la fracture du temps

renaître sous un autre ciel

pourtant toujours

le bleu et le gris

au-dessus de nos têtes

Après le soleil la pluie

quelques gouttes

un souffle de vent

et les fleurs du cerisier

en neige de pétales sur le sol

beauté fragile éphémères

bouleversante.

 ( Dans la lumière de la fragilité inédits)

Dominique Ottavi

.

©photo Marilyne Bertoncini

.

Le dernier brin

de bruyère

a joué

la fille de l’air

tout le monde est content:

pas de ménage à faire !

.

Genévrier au feu vert/ Tatiana Terebinova (Russie)

.

Житие небес. (« Можжевельник зелёным огнём »)

Можжевельник зелёным огнём
обжигает – неба
житие.
Золотой
краб луны
пробегает по дну
твоего сердца.
Полночи прозрачная
листва
проживает
прожилками осени –
под сенью ликов
исхода.

В забытых садах –
чёрным яблоком
созревает
белое время:
новый  звон и озон
Византии;
имена знамён
крылатых гор –
в затмениях – новых
ветвей морей.
Дней чашу – выпивают
искры мгновений,
проникая в
храмы
твоей будущей
души.

Меч огня обоюдоострый –
рассекает алтарь
печали.
Очами озёр – смотрит в тебя
комета,
оживая в прошедшем
будущем.
Земля, в тебя упираются
прозрачные
кроны духа, где
звёзды – твои певчие
птицы,
а корни твои – взращивают
Млечный Путь.

Земля, ты – житие
небес!

.

La vie des cieux. Genévrier au feu vert

Le genévrier brûle d’un feu vert –vie du ciel.
L’or
du crabe lunaire
court au fond
de ton coeur.
Minuit transparent
Le feuillage
vit dans les veines de l’automne –
à l’ombre des visages
de l’exode.

Dans les jardins oubliés
le temps mûrit blancheur
d’une pomme noire :
un nouvel anneau et l’ozone
de Byzance ;
les noms des drapeaux
des montagnes ailées —
dans les éclipses — des nouvelles
branches de mers.
Les étincelles des instants boivent
la coupe du jour,
pénétrant dans
les temples
de ton âme
future.
L’épée de feu à double tranchant
scinde l’autel
de tristesse.

Une comète te regarde
avec les yeux des lacs,
prenant vie dans le passé
futur.
La Terre,
la transparente
couronnes de l’esprit
repose sur toi,
où les étoiles
sont tes oiseaux chanteurs
et tes racines nourrissent
la voie Lactée.

Terre, tu es vivant
Eden!

(traduit de l’anglais – Marilyne Bertoncini)

Jaume Saïs

Dimanche 31/Xavier Bordes

.

Dimanche 31

Il pleut Il pleut encore Il pleut toujours
Seuls les feuillages frissonnent d’aise
et les dalles luisent d’un peu de ciel blanc
qui s’attarde en flaques sur la terrasse

Un plaqueminier est de l’écarlate des vignes
corinthiennes autour de Némée en automne
Le jardin sous la pluie complice du trèfle
désert prend des allures de veuve esseulée

Sitôt le nez dehors mille étincelles froides
comme taches de rousseur éparses au visage
L’impression d’avoir en aveugle donné
dans une toile d’araignée emperlée de rosée

relique du temps des amis et des sentiers boueux
du sous-bois après l’averse où nous courions
heureux tenant par la main une fille rieuse
sans le soupçon que l’on puisse en être amoureux

Or depuis nous avons vécu et le passé ma foi
c’est le passé ! – dont on caresse comme un chat
sur nos genoux par un dimanche de grisaille
le doux pelage d’heures denses sans regrets

Il pleut Il pleut encore Il pleut toujours

Davide Ridenti (Italie)

Martine Gabrielle Konorski

.

Corps périssable

Au large

Les paroles s’affaissent

Sous les branches

Du feuillage

Éphémère

Les heures se disloquent

Au clignement des yeux

Sous la pliure

Des membres

Un souffle

de poussière.

          Et puis plus rien.

.

Une porte battante

Des promesses

         envolées

plume à plume

La tragédie

        des jours      là

Premier ou dernier

        chaos

quand l’endurance

devient célébration

dans l’entrelacs

de l’Histoire et de l’existence.

Tracer le contour

d’une vie

L’éphémère

Avec le poids de la grâce.

©photo Giancarlo Baroni

Eveil créateur/ Sofia Skleida (Grèce)

.

« Δημιουργική αφύπνιση »



Ξύπνησε η νύχτα από το λήθαργό της,

φόρεσε ανθούς γεμάτους χυμούς

και έκλεισε την πόρτα στη λύπη.

Αγκάλιασε τη μέρα σφικτά,

έπαιξε κρυφτό μαζί της,

κυλίστηκε νωχελικά στα καθαρά χώματά της


και πλαισίωσε το μέλλον της

.

« Eveil créateur »

.

La nuit s’éveilla de sa léthargie

portant des fleurs pleines de sucs

elle mit le regret à la porte,

Embrassa étroitement le jour,

joua à cache-cache

roula paresseusement vers la terre toute claire

et encadra son avenir…

.

(traduction de Marilyne Bertoncini)

Credo & Coulée d’ambre/
Dana Shishmanian

.

Credo

Goutte à goutte se retire dans les racines d’en haut

la sève de vie à travers les branches tombantes –

balayées par l’orage – des arbres renversés que nous sommes

nos feuilles sont perdues – des nids d’oiseaux morts

gisent écrasés sur la terre déserte – dans nos oreilles

résonne encore la musique –

un pianiste joue quelque part hors du monde

et les réverbérations de ses touches irréelles

touchent nos canaux subtils – oui cela doit être la clé

de l’après-vie – on nous transforme

en vibrations sonores

une conscience sans sujet sans objet

à durée volatile

non mesurable dans le temps

non localisable dans l’espace

non rattachable à quelque chose

elle ne s’accroche qu’à la négation

©photo Marilyne Bertoncini

Coulée d’ambre

.

Toute la résine que j’ai pleurée

à l’intérieur de mon écorce d’arbre

perdu de sa forêt lunaire

en larmes ambrées la cueillent mes doigts de vent

ils t’offrent ces gouttes

qui roulent telles des perles sous nos regards

et tu les cueilles à ton tour sur tes lèvres

embrassons-nous par le dedans faisons un seul arbre

jusqu’au-delà du ciel

aux racines plongeant avant le monde

aux branches éclatées en mille dimensions inconnues

aux feuilles déchirées et perdues

écrites avec nos poèmes qui hantent encore

les ruines des mondes

lus non lus

de personne

(Octobre 2021)

©photo Marilyne Bertoncini

.

Wansoo Kim (Corée)

.

달의 눈물

노란 치마저고리

하얀 버선발로

살포시 어둠 딛고

찾아온 여인

그 누구

그리운 님을 찾기에

커다란 눈망울로

두리번거리나

가로등과 네온의 거리

칼날처럼 날카로운

번쩍이는 소용돌이에

눈멀고 가슴 찢겨

움츠리고 서성대며

눈물만 흘리네

Larmes de lune

Une femme est venue

à pas légers sur l’obscurité

En jupe et manteau jaunes,

Et des chaussettes blanches.

Pourquoi scrute-t-elle alentour

Avec de si grands yeux ?

Peut-être cherche-t-elle à voir son amant ?

Dans le tourbillon d’éclairs

Aigus comme tranchant de lame

Dans les rues où flamboient lampes et néons,

Elle verse des larmes

Avec ses yeux aveugles et son cœur déchiré

racorni, et qui s’attarde.

(traduction française de Marilyne Bertoncini

Tears of the Moon

A woman who has come

Stepping lightly on the darkness

In yellow skirt and coat,

And white socks.

Why does she look around

With her big eyeballs?

Is it because she wants to see her lover?

In the whirl of flashes

Sharp like the edge of a knife

On the streets of blazing lamps and neons,

She’s shedding only tears

With eyes blind and heart torn

Shrinking and lingering.

traduction anglaise de l’auteur

Lacrime di luna

Una donna è arrivata

camminando adagio nel buio

vestita con gonna

cappotto gialli,

e calzini bianchi.

Perché si guarda intorno?

Con i suoi grandi occhi?

È perché vuole vedere il suo amante?

Nel vortice dei lampi affilati come lame di un coltello

per le strade di lampade accese e neon,

sta versando solo lacrime.

Ha gli occhi ormai ciechi

e il cuore lacerato

provato ma resistente.

Traduzione italiana di Emanuela Rizzo

Deux Haïkus/Jacques Merceron

.

Deux soleils jonglés

Flot des autos médusé —

Un cracheur de feu

.

Brouillard matinal

Le héron la goutte au nez —

Feu dans la rosée

©photo Giancarlo Baroni

Nous sommes cette hirondelle/Anne Soy

.

Nous sommes cette hirondelle.
Ravie du bleu des cieux, elle dessine
Sans lien apparent aux saisons immédiates
Notre silhouette perdue
Nous étions cette hirondelle, déchirant pour nous seuls un lambeau d’éternité.
Ce serait beau de croire
nous sommes cette hirondelle
elle me parle de toi.
Les mots s’échappent, ils ne ressuscitent pas. Mes mots s’échouent par vagues sans user
les cailloux. Ton souvenir est coupant comme un bris de rêve.
Notre histoire est en flaques. Il y eût des bonheurs, des plaisirs, du plaisir et tant de
bonheur.
Tu es cette ombre qui brouille les cieux, tu tournes sans chasser les hirondelles, tu
demeures merveilleux.
Nous sommes cette hirondelle
Puisque nous l’avons été


©photo Giancarlo Baroni

Dominique Bergougnoux

.

A la saison des ors et des pourpres

Elle trace un sillon d’encre étroit

L’espace de la page

est un pont suspendu

où le bois n’est plus qu’un souvenir

un chemin fragile au dessus du vide

Elle progresse lentement

entre les cordes

les mots tanguent au vent

Elle s’accroche aux derniers rayons

d’un soleil

déjà mangé par la froidure

De l’autre côté

c’est l’hiver qui l’attend

Bordeaux

30 oct 2021

©photo Giancarlo Baroni – Quel che resta dell’inverno

 poème en forme de chute de feuilles/Claire Boitel

Les
feuilles
de
l’arbre
du
souvenir
tombent
dans
un
perpétuel
automne

Jacques Cauda

Ephéméride / Irène Duboeuf

J’ai effeuillé le temps

des soleils flamboyants et des nuits d’obsidienne

dans un compte à rebours

désenchaîné les jours

froissé des bouts de vie

émancipé l’instant dans le craquement sourd

des feuillets blancs fardés

de chiffres couleur d’ancolie.

Comme une enluminure surgie de l’âtre grise

le passé feu de paille ensemence le jour.

Nous sommes enfants de salamandres.

nourris de flammes,

nous mêlons notre souffle au fin crépitement

des braises embrassées

par le vent.

©photo Marilyne Bertoncini

Sois la feuille qui danse / Emanuela Rizzo (Italie)

©photo Emanuela Rizzo

Sii foglia che danza

Certe anime sono alberi

piegati dal vento,

foglie cadute

in un autunno folle.

Altre anime sono ruote arrugginite,

solcate dal tempo,

erose dalla vita

spesso ingrata.

E ce ne sono altre

di anime, che,

leggere,

in autunno danzano,

volteggiano,

come foglie,

e sembra quasi

primavera,

è forte anche

il loro profumo!

Ogni foglia che cade

diviene concime

per una nuova vita.

Quindi sii foglia che danza,

a ogni stagione.

Sois la feuille qui danse

Certaines âmes sont arbres

ployés par le vent,

feuilles mortes

dans la folie d’automne.

Les autres sont des roues corrodées,

marquées par le temps,

usées par la vie

souvent ingrate.

Et il y a d’autres

âmes, qui,

légères,

dansent en automne,

voltigent,

comme les feuilles,

et on dirait presque

le printemps,

tant est puissant aussi

leur parfum !

Chaque feuille qui tombe

devient engrais

d’une nouvelle vie.

Alors sois la feuille qui danse,

en toute saison.

traduction Marilyne Bertoncini

Feuilles/ Cécile A.Holdban

©Cécile A. Holdban

.

À l’ombre du pommier
une nuit étoilée
avant l’heure

(Encre sur deux feuilles de ginkgo, composition sur un papier teint au café)

.

Tendre la verte batiste,
entendre la rumeur des bois

Encre sur liane de haricot grimpant

©Cécile A. Holdban

Les Feuilles, Attilio Zanichelli /
Foglie senza rami, Giancarlo Baroni (Italie)

.

©Giancarlo Baroni, in Foglie senza rami

Voir l’article

LE FOGLIE

Chissà perché le foglie si sono agitate, le madri

celesti della terra. Io che non acciglio loro

ancora e non ricordo cosa siano né perché si lasciano

recidere.

Il vento ha brevi attacchi come un malato,

elimina la forma fragile della bocca devastata.

Bisogna che io parli loro come a immutabili santità

misere sorelle fiatevoli del perdòno.

Si sono racchiuse nelle mani in un pugno morente.

Tutta l’eternità è vuota davanti a loro.

Hanno gremito le strade quando è triste

il soggiorno e imputridiscono deferite alla marcezza.

Le calpestiamo ai bordi delle pietre, sfinite

e inutili come nella visione che travolge ogni senso

e attaccate alle suole vibrano di tremiti.

Io sono come una di queste, mi frastorna

la pungente ira della ghiaia sotto cui sono quando

scicchiola il passo malinconico che rincasa stordito

e scorge la luce della scala monotona e sorda,

e io sono con l’anima di ciascuno devastante tristezza.

.

Attilio Zanichelli

(da “Una cosa sublime” – Einaudi)

lecture de « Foglie » par Alessio Zanichelli

lES FEUILLES

Qui sait pourquoi les feuilles se sont agitées, mères

célestes de la terre. moi qui ne m’en inquiète pas

encore et ne me souviens de ce qu’elles sont ni pourquoi elle se laissent

détacher.

Le vent a de brèves toux comme un malade,

il élimine la forme fragile de la bouche dévastée.

Il faut que je leur parle comme à des saintes immuables

misérables sœurs souffleuses du pardon.

Elles se sont repliées dans mes mains en un poing mourant.

Toute l’éternité est vide face à elles.

Elles s’amassent dans les rues quand est triste

le séjour et elles pourrissent vouées à la putréfaction.

Nous les piétinons aux bordures des pierres, épuisées

et inutiles comme dans la vision qui bouleverse les sens

et collées aux semelles, elles vibrent en tremblant.

Je suis comme l’une d’elles étourdi

par la cinglante colère du gravier sous lequel je suis quand

grince le pas mélancolique qui rentre à la maison hébété

et voit la lumière de l’escalier monotone et sourde,

et je suis avec l’âme de chaque tristesse dévastatrice.

.

traduction Marilyne Bertoncini