« Veni etiam » : en latin, « viens encore » ou « viens aussi ». La formule traverse l’œuvre de Jeanine Baude comme une adresse lancée à l’autre, au monde, au poème lui-même. Dans ses recueils, elle revient en leitmotiv, signalant une poétique de la présence et du retour.

Née en 1946, Jeanine Baude construit une œuvre où le corps et la nature se répondent. Le « veni etiam » pourrait en être la clé : un appel à la fois charnel et spirituel, une ouverture vers l’autre. Depuis ses premiers textes, elle explore les liens entre le corps et le paysage, la mémoire et l’absence. Ses poèmes, souvent brefs, sont d’une densité rare ; ils invitent à une lecture répétée, à une écoute attentive.
Les thèmes d’une poésie de la présence
Parmi les motifs récurrents de son écriture, on trouve :
- Le corps comme lieu d’inscription du désir et de la mémoire.
- La nature comme espace de métamorphose et de renaissance.
- La répétition comme figure poétique du retour.
- La traduction comme acte de faire venir le texte dans une autre langue.
Ces thèmes s’entrelacent dans ses poèmes, où le « veni etiam » fonctionne comme une incantation, rappelant que la poésie est un perpétuel recommencement. La critique a souvent souligné la musicalité de sa langue et la force de ses images, qui puisent dans un imaginaire à la fois intime et universel.
Traduire, c’est faire venir encore
Jeanine Baude est également traductrice, notamment de poètes italiens contemporains. Son travail de traduction prolonge le mouvement du « veni etiam » : faire venir un texte d’une langue à une autre, le faire résonner dans un nouvel idiome. Cette approche de la traduction comme territoire partagé, que nous avons détaillée dans un article sur les ateliers de traduction poétique, est également celle de Baude. Elle voit dans le passage d’une langue à l’autre une manière de renouveler l’expérience du poème, de le faire advenir encore.

Ses propres poèmes ont été traduits en plusieurs langues, prolongeant ainsi le mouvement du « veni etiam » au-delà des frontières. Cette circulation des textes participe d’une conception de la poésie comme espace de partage et de rencontre.
Une écriture du seuil et du passage
Le « veni etiam » est aussi une figure du seuil : il marque l’instant où l’on franchit la page, où l’on entre dans un nouvel espace poétique. Jeanine Baude excelle à créer ces moments de suspension, où le temps semble s’arrêter pour laisser place à la parole. Ses poèmes sont des invitations à la méditation, des haltes dans le flux du quotidien. La mémoire des poètes, comme nous l’avons exploré dans un article sur la transmission et les échos dans la création contemporaine, est un thème central chez Baude : elle dialogue avec ceux qui l’ont précédée, tout en ouvrant la voie à de nouvelles voix.
Une voix présente dans les ateliers et les rencontres
Au-delà de ses livres, Jeanine Baude participe activement à la vie poétique : lectures publiques, ateliers d’écriture, résidences. Le « veni etiam » prend alors un sens concret : elle invite les participants à venir écrire, à venir lire, à venir partager. Sa présence dans ces espaces de création collective rappelle que la poésie n’est pas seulement un objet imprimé, mais une expérience vivante. Elle a collaboré avec des plasticiens et des musiciens, créant des œuvres hybrides où le « veni etiam » résonne dans différents médiums.
Le « veni etiam » de Jeanine Baude n’est pas une simple formule latine ; c’est une invitation à entrer dans le poème, à y revenir sans cesse. Ses vers, par leur densité et leur ouverture, appellent une lecture répétée, une écoute attentive. Que ce soit dans ses recueils, ses traductions ou ses ateliers, elle poursuit ce geste d’offrande et d’accueil. Pour le lecteur, le « veni etiam » devient alors une clé pour habiter la poésie comme un lieu toujours accessible.