Le titre du recueil de Jean-Pierre Klein, Enjamber la mort, porte déjà tout un programme poétique. L’image du pas qui franchit l’abîme, du mouvement qui refuse l’arrêt, dit l’ambition de la poésie face à la finitude. Klein, psychiatre et pionnier de l’art-thérapie en France, n’a cessé d’explorer dans ses textes la manière dont l’écriture peut transformer l’expérience de la perte, du traumatisme et de la disparition. Ce recueil, paru chez un éditeur de poésie contemporaine, s’inscrit dans une œuvre où la mémoire individuelle rejoint la mémoire collective.
Un poète au carrefour de la psychiatrie et de la création
Né en 1942, Jean-Pierre Klein est connu pour avoir introduit l’art-thérapie dans les institutions françaises. Son travail clinique l’a conduit à considérer l’acte créateur comme un outil de reconstruction psychique. Dans sa poésie, cette approche se lit dans une langue précise, parfois dépouillée, qui cherche à dire l’indicible. Enjamber la mort ne fait pas exception : les poèmes y abordent la mort non comme une fin, mais comme un passage que l’on peut « enjamber » par le verbe. Le recueil se déploie en plusieurs sections qui tissent des motifs récurrents – le corps, le temps, le souvenir.
Klein utilise souvent la forme brève, le vers libre, et des images tirées du quotidien pour évoquer l’absence. L’écriture devient un geste de survie, une manière de « rester vivant » en donnant voix à ce qui a été perdu. Cette dimension testimoniale fait écho à la mission que l’auteur attribue à la poésie : être un lieu de vérité et de partage.

« Enjamber la mort » : un titre en mouvement
Le verbe « enjamber » implique une action volontaire, presque athlétique. Il suggère que la mort n’est pas un obstacle infranchissable, mais une ligne que l’on peut dépasser par la pensée, par l’art. Dans le recueil, cette idée se concrétise par des poèmes qui parlent de deuil, de disparition, mais aussi de renaissance. Klein n’élude pas la douleur ; il la traverse. Les textes sont habités par des figures de proches disparus, par des lieux qui portent la mémoire d’événements tragiques. Pourtant, jamais le ton ne bascule dans le pathos. La poésie de Klein reste sobre, ancrée dans le réel, et ouvre une brèche vers une forme de sérénité.
Le recueil peut être lu comme un cheminement : de l’annonce de la mort à l’acceptation, puis à la transformation. Chaque poème est une étape, une respiration. L’auteur utilise des répétitions, des variations, pour créer un rythme qui imite le balancement de la vie et de la mort. Cette structure musicale rend le texte particulièrement adapté à une lecture à voix haute ou à un travail de traduction collective.
Poésie, mémoire et témoignage
La thématique de la mémoire est centrale dans l’œuvre de Klein. Enjamber la mort s’inscrit dans cette veine : les poèmes sont autant de traces laissées pour que le passé ne sombre pas dans l’oubli. Cette dimension rejoint les préoccupations de nombreux poètes contemporains qui font de la mémoire un matériau poétique. Dans un contexte où les ateliers de traduction poétique explorent justement la mémoire comme fil conducteur, le recueil de Klein offre une matière riche. Par exemple, un atelier de traduction poétique autour de la mémoire a déjà montré comment des poèmes sur la perte peuvent être transposés d’une langue à l’autre, révélant des nuances insoupçonnées. (Voir le compte rendu de l’atelier de traduction poétique du 28 mars : la mémoire en partage.)
Traduire Klein, c’est confronter chaque langue à sa propre manière de dire la mort. Les métaphores du « pas », du « franchissement », du « seuil » varient selon les cultures. Un atelier de traduction collective pourrait ainsi explorer comment rendre en anglais, en allemand ou en italien l’idée d’« enjamber » sans perdre la dimension corporelle et active du verbe français. Ce travail de transposition est lui-même un acte de mémoire : il fait circuler le texte au-delà de sa langue d’origine, lui permettant de survivre.

Un recueil pour les ateliers et les lectures collectives
Par sa structure en séquences et sa langue claire, Enjamber la mort se prête à une exploitation en atelier. Voici quelques pistes pour animer une séance autour de ce texte :
- Lecture à plusieurs voix : répartir les poèmes entre les participants, en jouant sur les répétitions et les silences.
- Traduction collective : choisir un poème court et le traduire en groupe, en discutant chaque choix lexical.
- Écriture réactive : après la lecture d’un poème, proposer d’écrire un texte personnel sur le thème du franchissement ou de la perte.
- Mise en espace : associer des gestes ou des déplacements aux vers, pour incarner le mouvement d’enjamber.
Ces activités permettent de faire vivre le recueil et d’en explorer les résonances collectives. La poésie de Klein, loin d’être une méditation solitaire, devient un objet de partage et de création commune.
La place de Klein dans la poésie contemporaine
Jean-Pierre Klein n’est pas seulement un auteur reconnu dans le champ de l’art-thérapie ; il est aussi un poète qui a su imposer une voix singulière. Ses recueils précédents, comme Le Temps d’un regard ou Les Mots du silence, ont été salués pour leur capacité à mêler intime et universel. Enjamber la mort poursuit cette veine avec une maturité accrue. Le livre a été présenté dans plusieurs librairies et lors de rencontres poétiques, où l’auteur a insisté sur l’importance de la lecture à voix haute. Il rappelle que la poésie est d’abord un art oral, un souffle qui traverse les corps.
Pour les lecteurs qui souhaitent approfondir cette approche, la participation à des ateliers de traduction ou de lecture collective peut être un prolongement naturel. La mémoire, fil rouge de l’œuvre de Klein, trouve dans ces pratiques un écho vivant. Un prochain atelier, par exemple, pourrait se consacrer à la traduction d’un poème du recueil, en confrontant les versions obtenues et en analysant les choix effectués.
En somme, Enjamber la mort est une invitation à ne pas se laisser figer par la peur de la fin. La poésie y devient un acte, un pas de côté, une manière de dire « je continue » malgré tout. Ouvrir le livre, c’est déjà amorcer le mouvement.