Le vers de Forough Farrokhzad, « Je suis la descendante des arbres », résonne aujourd'hui avec une force renouvelée dans les rassemblements de femmes en Iran. Cette image d'enracinement et de résistance traverse les générations, de Simin Behbahani à Sepideh Jodeyri, et s'impose comme un fil conducteur dans la poésie des femmes iraniennes. Loin d'être un simple exercice littéraire, chaque poème devient un acte de parole, une affirmation de présence dans un espace public longtemps contraint.
La tradition poétique féminine en Iran puise ses sources dans la modernité du XXe siècle, avec des figures qui ont osé écrire le corps, le désir et la révolte. Forough Farrokhzad (1935-1967) a ouvert une brèche en publiant des vers qui parlaient de l'intime avec une liberté inédite. Simin Behbahani (1927-2014), surnommée la « lionne d'Iran », a mêlé engagement politique et métrique classique pour dénoncer l'oppression. Leur héritage a été repris par des poètes contemporaines comme Shooka Ahmadi et Sepideh Jodeyri, dont les textes circulent souvent sous forme de tracts ou de publications clandestines.

La poésie comme acte de résistance
Depuis les soulèvements de 2022, la poésie est devenue une arme de témoignage. Des vers anonymes apparaissent sur les murs de Téhéran, des poèmes sont scandés lors des manifestations, et des recueils circulent en ligne malgré la censure. Cette parole poétique ne se limite pas à l'Iran : elle voyage grâce aux traductions et aux lectures multilingues organisées par des collectifs à travers le monde. La poésie des femmes iraniennes devient ainsi un pont entre les cultures, un témoignage qui dépasse les frontières.
Les ateliers de traduction poétique jouent un rôle clé dans cette circulation. Traduire un poème de Farrokhzad ou de Behbahani, c'est entrer dans l'intimité d'une langue et d'une histoire, c'est faire résonner une voix que le pouvoir voudrait taire. Ces ateliers, qu'ils soient en ligne ou en présentiel, permettent à des lecteurs et traducteurs de toutes origines de s'approprier ces textes et de les faire vivre dans une autre langue. Pour ceux qui souhaitent se lancer, nous avons publié un guide pratique pour lancer un atelier de traduction poétique, avec des conseils concrets pour organiser une rencontre créative autour de poèmes engagés.
Traduire la mémoire, porter la parole
La traduction est un acte de mémoire. En transposant les poèmes de femmes iraniennes, on ne se contente pas de transposer des mots : on transporte un contexte, une douleur, une espérance. Les poètes elles-mêmes insistent sur la dimension testimoniale de leur écriture. Sepideh Jodeyri, dans un entretien, a déclaré que « chaque poème est une petite fenêtre ouverte sur ce qui ne peut être dit autrement ». Cette dimension résonne particulièrement dans les ateliers de traduction collective, où chaque participant apporte sa sensibilité et sa langue.

Quelques poètes à découvrir
- Forough Farrokhzad — pionnière de la poésie moderne iranienne, auteure de « Une autre naissance ».
- Simin Behbahani — poétesse engagée, maîtresse du ghazal politique.
- Sepideh Jodeyri — voix contemporaine, ses recueils circulent largement en traduction.
- Shooka Ahmadi — figure de la résistance, ses poèmes sont lus dans les manifestes.
- Mina Assadi — poétesse et militante, exilée, ses textes mêlent lyrisme et combat.
Ces noms ne sont qu'une porte d'entrée. La scène poétique iranienne est riche de centaines de voix, souvent invisibilisées, qui continuent d'écrire dans l'ombre. Les ateliers de traduction et les lectures publiques permettent de leur offrir une scène, un écho. Chaque vers traduit est un pas de plus vers la reconnaissance de cette lutte.
Pour qui souhaite organiser une rencontre autour de ces poèmes, il suffit parfois de choisir un texte, de le photocopier en plusieurs langues, et de réunir quelques amis autour d'une table. La poésie des femmes iraniennes attend d'être lue, traduite, partagée. Un atelier ne demande qu'un poème et une oreille attentive.