Mots en partage : la poésie collective s’invite au Festival du Livre de Nice

Au Festival du Livre de Nice, le collectif Jeu de Mots (JDM) installe son concept de « mots en partage ». Ici, pas de simple présentation d’ouvrages : la poésie devient un espace d’échange vivant où chaque participant est acteur du texte. L’idée est simple mais féconde — faire circuler la parole poétique par le biais d’ateliers, de lectures croisées et de traductions collectives.

Le festival, qui se tient au cœur de la ville, réunit libraires, maisons d’édition et visiteurs autour d’une programmation dense. Pour JDM, y prendre place signifie offrir un contrepoint à la logique marchande : la poésie y est traitée comme une matière première à façonner ensemble, plutôt que comme un produit fini à consommer. Les « mots en partage » deviennent ainsi le fil conducteur d’une expérience où chacun apporte son langage, sa sensibilité, sa langue parfois.

Visiteurs au Festival du Livre de Nice, stands animés

Le poème comme terrain commun

Les ateliers proposés par JDM ne sont pas de simples lectures publiques. Ce sont des moments de création collective où l’on écrit, réécrit, traduit un même texte en plusieurs langues. Le festival offre à cette pratique un cadre idéal : le public, mélangé et curieux, se prête volontiers au jeu des associations de mots. On y voit des poèmes naître d’une contrainte partagée, des vers se transformer au fil des échanges, des images surgir d’un mot choisi par l’un et poursuivi par l’autre.

Cette approche rejoint ce que JDM explore déjà dans ses soirées d’intimité — comme celles décrites dans Jeu de Mots : la poésie s'illumine dans les soirées d'intimité, où la confiance entre participants permet une écriture sincère. Au Festival du Livre de Nice, l’espace est plus vaste, plus ouvert, mais l’intensité reste la même : chaque atelier devient un laboratoire où la langue se réinvente.

Traduire les frontières en atelier

L’un des axes forts des « mots en partage » est la traduction poétique en groupe. Sur le stand ou dans un espace dédié, des locuteurs de différentes langues — italien, anglais, arabe, espagnol, occitan — se réunissent autour d’un court texte. La tâche n’est pas de produire une version définitive, mais d’explorer les possibles : que devient une métaphore quand on la transpose dans une autre culture ? Comment rendre le rythme d’un vers sans le trahir ?

Ces échanges sont souvent ponctués de rires et de silences méditatifs. Ils rappellent que la poésie n’est jamais tout à fait traduisible — et que c’est précisément là que réside sa richesse. Le Festival du Livre de Nice devient alors le théâtre d’une expérience linguistique ouverte à tous, sans prérequis. Les participants repartent avec un texte transformé, parfois même avec un poème bilingue qu’ils ont contribué à façonner.

Atelier d’écriture collective au festival, mains posées sur des feuilles

Quand le public devient poète

Ce qui distingue la présence de JDM dans un salon du livre, c’est la place donnée à l’amateur. On n’y vient pas seulement pour écouter des auteurs confirmés ; on est invité à prendre la plume, à proposer un mot, à lire à voix haute. Les animateurs — souvent poètes et traducteurs eux-mêmes — guident le groupe sans imposer de direction unique. Chaque session est unique, définie par la dynamique du moment.

Les formes que prennent ces ateliers sont variées :

  • Écriture à partir d’une contrainte formelle (haïku, acrostiche, cadavre exquis).
  • Traduction collective d’un poème court, avec discussion des choix.
  • Lecture polyphonique où chaque participant dit un vers dans sa langue.
  • Création d’un « texte-accordéon » qui se déplie au fur et à mesure des apports.
  • Improvisation orale à partir d’un mot déclencheur inscrit sur une grande feuille.

Ces activités n’exigent aucune compétence particulière, seulement la curiosité et le goût des mots. Elles transforment le festival en un chantier poétique permanent.

Un écho dans la durée

L’expérience des « mots en partage » ne s’arrête pas aux portes du Festival du Livre de Nice. Les poèmes nés sur place sont parfois repris, retravaillés, publiés dans les supports du collectif. Ils circulent de main en main, continuent de vivre au-delà du temps éphémère de la manifestation. C’est là toute la force d’une poésie qui se construit à plusieurs : elle n’est pas figée dans un livre, mais se perpétue par les voix qui la portent.

Pour ceux qui souhaitent prolonger cette aventure, les ateliers réguliers de JDM reprennent tout au long de l’année. Chaque rencontre est une nouvelle occasion de placer un mot à côté d’un autre, de voir surgir une image inattendue, d’entendre sa propre langue résonner autrement. Le festival n’est qu’une première note — la partition, elle, s’écrit ensemble, jour après jour.