Le quatrième volet des Nocturnes s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de poésie vivante. Organisée par la Maison de la Poésie de Montpellier, cette édition explore la frontière fragile entre le jour et la nuit, le silence et le cri, l’intime et le collectif. Contrairement à un simple récital, la soirée mêle lectures, performance polyphonique et un temps d’échange informel autour des textes lus. Chaque année, l’équipe invite des poètes de langues différentes à dialoguer sur un thème qui traverse les cultures. En 2024, le fil conducteur est « La chambre d’écho » – un espace où les mots se répondent et se transforment au contact de l’autre.
Les Nocturnes ne sont pas conçues comme un spectacle unidirectionnel. Le public est convié à participer à un moment de traduction collective improvisée, une pratique que la Maison de la Poésie expérimente depuis plusieurs années. Concrètement, un poème est projeté sur un mur dans sa langue originale (italien, arabe, occitan) ; les participants, guidés par un traducteur professionnel, proposent des versions en français, parfois fragmentaires, qui nourrissent une version finale écrite en direct. Ce processus, qui s’apparente à un atelier éphémère, rappelle l’esprit des veillées poétiques d’antan, où le texte n’appartenait à personne et se construisait dans la réécoute. Ce type d’expérience sera également au cœur de la prochaine session de « Je dis désirs », une soirée de traduction collective programmée en décembre.
Un programme bâti sur la diversité des voix
La programmation des Nocturnes 4 réunit des poètes issus de quatre continents. Parmi eux, la voix de la poétesse brésilienne Ana Martins Marques, dont le recueil O livro das semelhanças interroge les similitudes entre les corps et les paysages. À ses côtés, le poète palestinien Mosab Abu Toha, déplacé de Gaza, lira des extraits de son manuscrit encore inédit. Leurs textes, traduits en français pour l’occasion, seront projetés sur un écran translucide qui filtre la lumière de la scène, créant une atmosphère de pénombre propice à l’écoute.

Un moment particulier sera consacré aux poèmes en occitan, avec la lecture par l’auteure Aurélie Liseau d’un cycle sur les saisons. Les textes seront accompagnés par une composition sonore minimaliste de l’artiste montpelliérain Samuel Le Bihan, qui utilise des enregistrements de bruits urbains et de vents méditerranéens. Cette alliance du mot et du son ancre la poésie dans le réel immédiat, loin des récitations académiques.
La traduction collective comme pratique d’hospitalité
Le deuxième acte de la soirée est ouvert à tous sans inscription préalable. Chaque participant reçoit un livret contenant le poème choisi dans trois langues. Un médiateur linguistique explique les difficultés lexicales et syntaxiques ; puis, par petits groupes, on élabore une version française commune. L’objectif n’est pas l’exactitude littérale mais la justesse poétique. Comme le rappelle la charte de la Maison de la Poésie, traduire ensemble crée un lieu où l’on accepte l’incomplétude et où l’on renégocie le sens. C’est exactement l’approche que l’on retrouve dans les ateliers du Jeudi des Mots à Sète, où l’écriture collective se développe depuis plusieurs saisons.
« Traduire en groupe, c’est accepter que chaque mot soit un compromis. Mais ce compromis devient une œuvre commune. » — Propos recueilli auprès de l’équipe organisatrice.
Ce moment de traduction collective offre une initiation à la pratique du poème sans l’intimidation du « bien écrire ». Les retours des participants des éditions précédentes montrent que la plupart découvrent la richesse des nuances d’une autre langue tout en gagnant en confiance pour écrire ensuite leurs propres textes.
Une attention aux gestes poétiques du quotidien
En marge de la lecture principale, un espace est aménagé pour un « mur de l’éphémère » où chacun peut inscrire un vers, un mot ou une phrase inspirée par la soirée. Les papiers, accrochés à des fils, s’envolent au courant d’air des portes ouvertes. Ce dispositif, repris de précédentes éditions, fait le lien avec les travaux de Nicole Cardinali (dite Narki Nal) qui pratiquait une poésie de la mémoire éphémère — un hommage discret à son travail, dont l’héritage continue d’inspirer les rencontres montpelliéraines.

Les Nocturnes 4 se tiennent le vendredi 22 novembre 2024 à la Maison de la Poésie de Montpellier, de 19 h à 23 h. L’entrée est libre, dans la limite des places disponibles. Il est conseillé d’arriver un peu avant pour participer à la partie traduction ; les livrets sont distribués à partir de 18 h 30.
Pour ceux qui ne peuvent se déplacer, une captation audio des lectures sera mise en ligne sur le site de la structure dans les semaines suivantes, accompagnée des traductions élaborées collectivement. L’archive devient alors une nouvelle matière pour de futurs ateliers, perpétuant la chaîne des voix nocturnes.