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Gérard Brennel (encres et texte) – Miguel-Angel Real – Gaetano Interlandi (it. trad. Irène Duboeuf) – Eva-Maria Berg (Allemagne) – Enza Palamara (dessin et texte) – Muriel Verstichel (photo  Michèle Renier ) – – Béatrice Pailler – Yve Bressande – Ida Jarocek (photo Cédric Merland).

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Gérard Brennel

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J’ai longtemps erré en quelques galaxies, seul en l’épouvantable silence. Pas un météorite pour me venir frapper, seul, oublié. Sur ce front de planètes mortes, j’ai tenté la sortie, folie! L’on ne passe pas la mer de métal.

À d’autres espaces plus clairs j’ai cru en ma liberté mais de nouvelles ténèbres nues sont apparues. D’où vient cette force noire, ombre de l’ombre imparable, qui, alliée à ma quête, emplit la voie de ces cieux et se déploie pour dénoncer les frontières de l’univers et de l’éternité?

D’où viens-tu ombre du sombre?

La nuit céleste me réponds, mon rêve fuit, je m’éveille à la vie de l’instant impatient que la mémoire étreint..

Il faut croire, tout est là..

G.B

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Miguel Angel Real

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Cette transparence que l’on recherche tant

est-elle compatible avec les souvenirs qui s’estompent ?

Principe de réalité ou impossibilité de déchiffrer le courant

dont la forme est une définition changeante :

ne pas craindre la fluidité, le va-et-vient de l’ombre

qui n’est jamais une contrainte, mais plutôt

une voie à suivre, ouverte aux questions et loin des temples.

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Miguel Ángel Real Agrégé d’espagnol, poète et traducteur de poésie contemporaine. Ses travaux, aussi bien en espagnol qu’en français, sont parus dans de très nombreuses publications en France, Espagne et Amérique Latine.  Il est co-directeur de la plateforme poétique “OuPoLi” (Ouvroir de Poésie Libre) : http://oupoli.fr/

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Gaetano Interlandi

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Comment faire sans toi ?

Imagine l’air sans oxygène !

Une « liaison convalente polaire »

a uni notre errance,

comme une secrète intrication

d’atomes dispersés

dans la matière obscure

de l’univers et qui nous lie.

Dans le soir qui vient

je te sens si proche

dans le mystère de l’absence.

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Inédit

Traduction de l’italien : Irène Dubœuf

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Gaetano Interlandi est né à Floridia (province de Syracuse) et vit à Caltagirone (province de Catane). Psychiatre, psychothérapeute et psychologue clinicien il est aussi passionné par la poésie et la photographie. Il est l’auteur de Non è più il mare, non è più la luna, éditions L’Autore Libri Firenze, 2002 (classé deuxième au Prix international de poésie Caffè Letterario Convivio à Palerme). Il a co-écrit avec Domenico Amoroso, Guardami dentro, Polyorama Edizioni S.R.L., 2007 et il est présent dans l’anthologie Inflorescenze d’Eterno sbocciare, Edit Asss.CaLeCo, 2016.

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Eva-Maria Berg

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le crayon dans la main

sans la lumière

du jour les étoiles

éteintes avant

que leurs rayons

ne tombent sur la feuille

blanche reflétant

le trou noir qui

avale l´existence

le crayon erre

tente de résister

et témoigner

du désir de clarté

qui ouvre les yeux

au milieu de l´obscurité

par le mot du début

né de la lueur sans fin

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Eva-Maria Berg, née en 1949 en Allemagne, coopérations transfrontalières et interdisciplinaires, parution de ses livres (d´artiste) publiés en France, en Allemagne en Suisse

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Enza Palamara

Images d’un naufrage intérieur

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Elle a vécu Myrtho…

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La naufragée du Cap du Zéphyr m’a longtemps hantée. C’est dans cette extrême pointe de l’Italie que j’ai découvert que la mer , que je voyais de loin comme un mur transparent, était horizontale et que les étoiles étaient tombées dans la mer ! Ce fut le cri de mes 4ans.

La blanche Fiancée qui n’avait pas encore « revêtu sa robe d’hyménée », m’est souvent apparue , surgissant de mes gribouillages. Chaque fois elle traduisait la souffrance d’un naufrage intérieur, ou l’espoir d’être déposée sur la terre.

C’est ainsi que Myrtho, ,la jeune Tarentine, ou « Myrtho l’enchanteresse du Pausilippe altier » sont devenues indissociables, une des figures de ma mythologie personnelle. Chénier et Nerval ont été des compagnons de route dans ma longue Quête.

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Enza Palamara a enseigné la langue et la littérature françaises du collège à l’Université (Institut français de Naples). A la suite d’une grave maladie, elle suit les conseils d’une amie peintre qui l’incite à tracer des gribouillis de la main gauche. Des images apparaissent , qui se révèlent des paroles voilées racontant l’histoire de sa vie ou plutôt sa légende. Travail inachevé , inachevable, dont certains fragments ont été publiés :Rassembler les traits épars, Un chemin qui a abouti  La gloire d’être, Ce que dit le Nuage.

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Muriel Verstichel

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 Michèle Renier 

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J’ai ecrit en silence sur le champ

l’ombre d’un corps immense

que je ne connais pas

chiffonné ourlé doux

     manière noire

ses contours d’oiseau et d’enfant mélangés à portée de lèvres

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Quand tout se meurt

s’abîme se fend

de mon âme à mon ventre

et sommeille dans l’odeur

des fleurs pourrissantes

du froid qui saisit les os

la nuit se fait craquante

en cet immense corps

du poème où je puise

la matière noire

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Accroupie j’enfante

ce qui reste de lumière

dans la chambre des morts

C’est ainsi que j’aime novembre

et ses roses qui pleurent

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Muriel Verstichel, poète textilienne

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Béatrice Pailler

NOIR

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Le sage animal retient le temps de sa griffe. Noir sur blanc, il est la nuit du jour, ventre nocturne d’où jaillit la lumière. Noir sur neige, il est la plume, il est la branche. Écrit de l’hiver, le silence s’égoutte de ses ailes.

Noir, il crie à la face du blanc : vierge attente du monde. Ainsi, de toujours à jamais, sur le blanc, il vole. Sa terre est celle du sommeil. Son ciel celui de l’absence : noyaux de neige dans sa gorge altérée. Ainsi, de toujours à jamais, il vole, Noir, sur l’hiver du monde.

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Présence, il est toutes les présences. Sa gorge a plus d’un cri, plus d’un chant. Noir, il est la voie de la vision, le cri de l’enfantement. Noir, il est l’infini où germent les étoiles.

Dans l’Ô de son œil, veille l’univers. Sur la terre, vide et blanche, sur le ciel, vide et blanc, son vol façonne l’attente. Il est la chair, éternel don. Ainsi, de ses ailes, de son bec, de son corps tout entier naîtra demain, lui l’éternité du vivre.

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Le sage animal laboure au blanc et de son vol l’ensemence. Sur le monde en attente, chaque plume échappée de ses ailes, chaque ongle tombé de ses griffes, sa sueur, sa salive, toutes parcelles essaimées de son corps sont semblances de demain.

À lui la vision, à lui l’avenir, son vol y pourvoira. Noir sur blanc, au silence de ses ailes sommeille la vie. Noir infini, il cherche la fin, l’instant de l’éveil.

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Au ventre Noir

S’impatiente le temps

Claque le bec

Libres chants, libres cris

Pour chacun une chair

Claque le bec

Libre terre, libre temps

Blanc déchiré, saisit le feu

Noir sur le bleu, le sage animal tient le soleil dans son bec.

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(Ce poème est une libre interprétation des croyances amérindiennes qui font du corbeau l’un des acteurs de la création.)

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Béatrice Pailler est une poète du vivant. Elle écrit des poèmes où les mots, leur musique, sont l’écho charnel du      monde qui nous entoure. Ses derniers recueils sont : L’Autre Versant prix Louis Guillaume 2023, éd. Le Silence qui roule, 2022 & d’Écorce de Sable, éd. de la revue À L’INDEX, 2022 . 

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Yve Bressande

 Obsidienne

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es-tu une muse

l’œil critique du poème

au cœur de la nuit vers-luisante

jaillie du centre des profondeurs

ou bien tombée du ciel

cristallisation de l’infini

or noir condenseur d’énergie

es-tu sœur de la Voie lactée

sa face cachée

l’envers de l’univers

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         Obsidienne

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miroir sans fond

présence absence

partout & nulle part

« Nous » poussières d’étoiles

grains de ta matière invisible (?)

sous influence(s)

écrire ton nom

c’est déjà presque

savoir

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Yve Bressande : Amateur à plein temps, citoyen du monde, diseur de poésie, colporteur de mots, agence de voyage pour mots en mal de langue, il les charrie d’une oreille à l’autre. Poésie aux sens larges, poésie du souffle, de la voix. Il s’agite à Lyon (France), participe à de nombreuses lectures et festivals.

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photo Cédric Merland

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Ida Jarocek

Dense matière noire

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La nuit. Sous les paupières closes, des flux mouvants, ensablés d’or des vents solaires. Ou

bien le noir. Noir, velours velours à l’envers de la peau ou au long des artères. Un monde.

Echo de l’univers peut-être.

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Voir, sous les paupières closes, la dense matière noire, le déclenchement d’une obscure

avalanche, la lente montée d’un chant nocturne porté par le chant des constellations.

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J’y vois l’empreinte des grands fauves. La soie de leur pelage m’aura frôlé si souvent. Ils

auront couru dans mes jambes, franchi l’anneau de feu pour imprimer mon rêve de leur

figure tutélaire. J’y entends le métronome de l’oiseau de nuit, ce qu’il imprime au temps

et comme il résonne en mon lieu obscur et calme, hors d’atteinte. J’y respire un air lourd de

lilas ou de jasmin. Et j’y dépose des roses, des roses pour vous mon amour.

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Pour Ida Jaroschek, poète et danseuse, écrire est la mise en forme des traces que le corps dessine dans l’espace du monde, le corps expression poétique de soi et des autres, au contact de la nature, des éléments, des paysages. Sa poésie est toute entière mouvement.

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