Traduire Serhiy Zhadan en atelier : la poésie comme acte de mémoire

Dans le poème « Alors je vais en parler », Serhiy Zhadan répète le verbe « parler » comme un mantra, comme si la parole elle-même devenait un acte de survie. Ce texte, écrit après le 24 février 2022, fait partie d’un corpus poétique qui témoigne de la guerre en Ukraine. Sa brièveté et sa force brute en font un choix privilégié pour les ateliers de traduction collective, où chaque traducteur doit confronter la densité de l’émotion à la précision des mots.

Serhiy Zhadan lisant de la poésie lors d’une rencontre littéraire

Contexte et origine du poème

Serhiy Zhadan, né en 1974 à Kharkiv, est l’une des voix majeures de la poésie ukrainienne contemporaine. Depuis 2014, son écriture s’est resserrée autour des thèmes de la guerre, de la mémoire et de la résistance. Le poème « Alors je vais en parler » a été traduit en français dans le cadre d’un projet de collecte de témoignages poétiques. Il circule souvent dans les cercles de traducteurs et de lecteurs comme un exemple de la manière dont la poésie peut dire l’indicible.

Thèmes et structure

Le poème repose sur une tension entre le besoin impérieux de dire et la difficulté de trouver les mots justes. Zhadan utilise un langage simple, presque oral, mais chaque vers porte un poids historique. Les thèmes principaux sont :

  • La mémoire : le poème fonctionne comme un acte de témoignage, refusant l’oubli.
  • L’urgence de la parole : le titre « Alors je vais en parler » est une déclaration d’intention, une promesse faite au lecteur.
  • La vulnérabilité : le locuteur reconnaît sa propre fragilité, mais choisit de parler malgré tout.

La structure est libre, sans rimes régulières, ce qui laisse une grande latitude aux traducteurs. Les répétitions et les ruptures de rythme invitent à une lecture performative, presque musicale.

Groupe de participants à un atelier de traduction poétique avec dictionnaires

Pourquoi ce poème dans un atelier de traduction ?

Traduire « Alors je vais en parler » ne consiste pas seulement à transposer des mots d’une langue à l’autre. C’est un exercice de fidélité à la fois sémantique et émotionnelle. En atelier, les participants peuvent confronter leurs versions, discuter des choix lexicaux et mesurer l’écart entre l’intention de l’auteur et la réception dans une autre culture. Ce poème se prête particulièrement bien à une approche collective car :

  • Sa longueur modérée permet une analyse en profondeur en une séance.
  • Les images sont universelles (la guerre, la parole, la mémoire), mais chaque langue offre des nuances différentes.
  • La dimension testimoniale engage les traducteurs sur un plan éthique.

Pour ceux qui souhaitent organiser une séance autour de ce texte, notre atelier de traduction poétique du 24 février, centré sur la mémoire comme fil conducteur, propose une méthodologie adaptée. Les étapes clés – lecture à voix haute, décomposition du texte, mise en commun des versions – peuvent être directement appliquées à ce poème.

Pistes pour la traduction

Voici quelques éléments à prendre en compte lorsqu’on traduit ce poème :

  1. Le titre : « Alors je vais en parler » peut être rendu par des équivalents comme « Alors j’en parlerai » ou « Je vais donc en parler ». L’important est de conserver la détermination.
  2. Les répétitions : Zhadan utilise parfois la même racine verbale à plusieurs reprises. Le traducteur doit décider s’il maintient cette répétition ou s’il cherche des synonymes pour éviter la monotonie.
  3. Le rythme : le poème alterne phrases longues et courtes. En français, on peut jouer sur la ponctuation pour restituer cette respiration.
  4. Le contexte culturel : certaines références (lieux, dates) peuvent nécessiter une note du traducteur ou une adaptation.

Un atelier peut consacrer une séance entière à la seule question du titre, tant il conditionne la lecture de l’ensemble.

La poésie comme témoignage

« Alors je vais en parler » n’est pas un poème isolé : il s’inscrit dans une tradition de poésie de guerre ukrainienne qui remonte à la Seconde Guerre mondiale et qui s’est intensifiée depuis 2014. Zhadan, en tant que figure publique et artiste engagé, utilise sa plume comme un outil de documentation. Traduire ses textes, c’est participer à la diffusion de cette mémoire. Les ateliers de traduction collective deviennent alors des lieux de transmission, où la langue elle-même porte le poids de l’histoire.

Lorsqu’on lit ce poème à voix haute, en ukrainien ou en français, on perçoit l’urgence qui traverse les vers. Le travail de traduction, loin d’être un exercice technique, devient un acte de solidarité. Chaque version proposée par un participant est une fenêtre sur une compréhension différente du même événement.

Pour les animateurs d’ateliers, intégrer « Alors je vais en parler » dans une séance sur la mémoire permet de lier le travail linguistique à une réflexion éthique. La poésie de Zhadan nous rappelle que traduire, c’est aussi témoigner – et que la parole, même fragile, reste notre arme la plus précieuse.