Le titre Passe montagnes évoque à la fois un col escarpé, un passage à franchir, et l'acte même de traverser un obstacle. Pour Jean Azarel, poète et traducteur, ce recueil constitue une œuvre où le paysage devient à la fois décor et matière première de l'écriture. Dès les premiers poèmes, le lecteur est invité à suivre un chemin qui serpente entre la roche et le souvenir, entre le souffle du marcheur et la mémoire des lieux. Azarel ne décrit pas la montagne de l'extérieur ; il l'habite par la langue, la faisant résonner de l'intérieur.
Un recueil entre paysage et mémoire
Dans Passe montagnes, chaque poème semble naître d'une rencontre entre le corps et l'élément minéral. La neige, la pierre, le sentier qui monte – autant de motifs qui reviennent avec une constance qui n'est pas répétition mais approfondissement. Azarel tisse une mémoire personnelle qui se confond avec celle du massif : les pas du promeneur deviennent les vers d'une partition géologique. On y trouve plusieurs motifs récurrents :
- le sentier comme ligne de fuite et de retour
- la pierre comme trace d'un temps immémorial
- la neige comme page blanche où s'inscrit le passage
- le souffle comme rythme intérieur qui scande la marche
Cette poésie du franchissement ne se contente pas de décrire un espace ; elle le recrée à mesure que les mots avancent. Le lecteur devient lui-même un marcheur, porté par la cadence des vers et les blancs qui ponctuent le texte.

Traduire le franchissement
Jean Azarel est également traducteur, et cette double pratique imprègne son écriture. Passe montagnes porte la marque d'une attention aux langues, aux sonorités, aux passages d'un registre à l'autre. Traduire, c'est franchir une frontière linguistique, tout comme le poème franchit une limite géographique ou intérieure. Cette œuvre a notamment été au cœur d'ateliers de traduction collective, où des participants ont tenté de rendre en d'autres langues la musicalité et la densité des vers d'Azarel. Une expérience qui rappelle le travail décrit dans l'article La communion des poètes : quand la traduction devient un acte collectif. Ces ateliers montrent comment un texte peut vivre au-delà de sa langue d'origine, comment il devient un lieu de rencontre entre poètes, traducteurs et lecteurs.
Passe montagnes dans l'atelier
La force évocatrice du recueil en fait un matériau idéal pour des ateliers d'écriture et de création collective. Les images de la montagne, du passage, de l'effort physique offrent des points d'appui concrets pour des exercices d'écriture. On peut, par exemple, proposer aux participants d'écrire un poème à partir d'un lieu qu'ils ont traversé, en s'inspirant de la manière dont Azarel mêle sensation et réflexion. Certaines rencontres poétiques ont utilisé Passe montagnes comme texte source pour des performances collectives, où la voix se mêle au bruit du vent ou au craquement de la neige. Ces expériences s'inscrivent dans une tradition de poésie comme témoignage vécu, où le corps du poète et celui du lecteur partagent un même chemin.

Une écriture de la présence
Ce qui frappe dans Passe montagnes, c'est la manière dont chaque mot semble pesé, choisi pour sa résonance tactile. Azarel ne cherche pas l'ornement ; il va à l'essentiel, à la sensation première. La montagne n'est pas un décor pittoresque mais un interlocuteur, une présence qui dialogue avec le marcheur. Cette poésie de la présence fait écho aux recherches d'autres poètes contemporains qui placent le corps et le paysage au centre de leur travail. Elle invite à une lecture lente, attentive, presque méditative.
L'un des poèmes les plus frappants du recueil décrit un marcheur qui, à chaque pas, laisse une empreinte dans la neige fondante – image fugace de la mémoire. Cette empreinte s'efface presque aussitôt, mais le vers la retient, la fixe sur la page. C'est là toute la force de cette poésie : rendre présent ce qui disparaît, faire du passage une écriture.